The Cure, #7, 18 novembre 2016, Arena Montpellier

20161118_20125630 ans ! 30 années depuis mon premier concert des Cure à Nantes en 1986… 30 années qui ne sont pas restées vides puisqu’à 6 reprises j’avais déjà eu l’occasion de les voir et revoir au gré de leurs différentes tournées, la dernière fois à Marseille en 2008. Un heureux hasard et un ami bien attentionné (merci Olivier !) m’ayant proposé il y a quelques jours une place pour ce concert à Montpellier, je n’ai pas hésité très longtemps pour avoir envie de me reprogrammer une petite Cure de jouvence en compagnie de ce groupe qui m’a accompagné de nombreuses années. Cure de jouvence ou, après Garorock cet été et la plongée dans une foule tout juste adulte, l’épisode 2 d’une série de coup de vieux ? Réponse avec ce live imprévu…

C’était donc un vendredi, un vendredi d' »In between days » de fin de semaine et parfait pour un « Friday I’m love« , idéal pour de nouvelles « Lovesong » avec toi ma douce et éternelle « Charlotte sometimes« . Car même si « It can never be the same« , ces moments de nos Oh Ohoh-Ohoh Ohoh OhOh « Play for today » où tu m’emmenais so »high« me revenaient sans cesse à l’esprit. Alors dans « (a) Night like this » et dans cette nouvelle belle  soirée, je déambulais pour « The walk » à travers « A forest« , et tandis que j’espérais échapper à cette « Lullaby » dévoreuse et ces « shake dog shake« , je me dirigeais finalement pour « A step into the light » dans une « Fascination street » désintégrée à ta recherche pour enfin capturer cette « Picture of you« , car c’était là tout ce que je voulais. « You « Want » Charlottes ? » me demandèrent les belles fées de la nuit. Désolé, « Wrong number« , elle n’est pas là me dirent-elles, tandis que d’étranges mais sympathiques « Lovecats » pensaient qu’elle était peut-être partie « From the edge of a deep green sea« . « Push » it, « Burn » it, « Give me it » entonnèrent-ils tous en chœur pour me réconforter, n’abandonne pas, n’abandonne jamais continuèrent-ils, car « Boys don’t cry« . Ils avaient bien raison, car sachant que je n’en avais « Never enough » de toi Charlotte, je continuerai, « Sinking » durant « One hundred years » s’il le faut, à me demander « Why can’t I be you » et espérant que tu sois un jour plus « Close to me » pour enfin nous retrouver et transformer ce monde en »Just like Heaven« .

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Les 14.000 spectateurs (parmi lesquels les moins de 45 ans et les plus de 55 ans remplissaient à peine les 5 doigts d’une main chacun, une audience 100% fans des premières heures et des grandes années, ni plus ni moins) répartis dans l’immensité de la salle Arena de Montpellier l’ont bel et bien retrouvée leur « Charlotte Sometimes » (et forever), au milieu d’une première partie de concert d’1h15 époustouflante de nostalgie et de nervosité, comme ce titre original était au milieu de la discographie du groupe, n’appartenant à aucun album en particulier, et pourtant si significatif de l’univers des Cure. Bercée par une mélodie doucement entraînante car à peine teintée de la pop que le groupe exploitera une décennie plus tard pour lui faire connaître son succès planétaire, la chanson cache pourtant toutes les profondeurs et contradictions du groupe.

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Jolies animations sur « Friday I’m love »

Connu à travers le monde pour ces hits entraînants, légers et joyeux (Close to me, In between days, Friday I’m love, Just like heaven etc…), c’est en effet à l’opposé de cette légèreté que les Cure ont forgé leurs premiers cercles de fans, explorant et exportant à travers l’Europe (et la France en particulier) son romantisme « noir incandescent ». Et ce n’est pas le moindre des clins d’œils de savoir que cette « Charlotte sometimes » reste pour les (vrais…) fans l’un des morceaux les plus délicieusement choyés, à mi-chemin entre les très sombres et nihilistes premiers albums dont la trilogie mythique des « Seventeen seconds » (1980), « Faith » (1981) et « Pornography »(1982), ce dernier étant classé par la plupart des plus grands critiques dans le top 50 des meilleurs albums rock de tous les temps (à découvrir quand on vous êtes en forme, à réécouter n’importe quand !), et les albums qui ont envoyé les Cure sur la planète du succès avec des albums plus pop en exploitant des sonorités et rythmes multiples, du jazz au funk en passant par le blues  (The Head on the door en 1985, Kiss me Kiss me Kiss me en 1987) avant de se perdre (?) un peu après ce que les fans considèrent comme le vrai bon dernier album du groupe qui sonnait comme un retour aux sources sombres, Desintegration (1989).

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Lumières vertes et noires pour une mystérieuse « Forest »

 

 

 

Les Cure c’est aussi évidemment un style, inventeur du look « Gothique » (même si Robert Smith a souvent dit qu’il ne se sentait pas comme appartenant à ce mouvement et encore moins comme son inventeur), cheveux longs en bataille et dressés  sur la tête, yeux et lèvres noirs, les « corbeaux » humains sillonnaient les rues au milieu des années 80 au milieu des foules parfois étonnées de ces looks zombiques bien avant que The walking dead ne déferle sur les écrans. Un look qui mêlent les genres jusqu’à l’androgynie dans le prolongement des expériences transgenre de Bowie quelques années plus tôt, des textes et des musiques repoussant les limites de l’époque de l’indicible et de l’écoutable en explorant et osant des sons mêlant les aigus stridents des cordes avec la noirceur des lignes de la bass abyssale de Simon Gallup, et les textes de Robert Smith souvent inspirés par une littérature aux univers orientés (Kafka, Edgar Allan Poe, Baudelaire, la plus connue de ces influences étant celle d’Albert Camus dont Smith s’inspira après avoir lu « L’étranger » pour écrire « Killing an arab », titre ambigu et souvent mal interprété par méconnaissance de son origine romanesque…), des textes portés par la voix toujours juvénile de Robert Smith dont les cheveux et le maquillage sombre et austère ne sont jamais vraiment parvenus à cacher la fragilité et un certain désir d’innocence.

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L’ouverture monochrome du concert avec « Shake dog Shake »

Les Cure c’est donc toutes ces ambiguïtés qui ont construit plusieurs cercles de fans, à l’intérieur desquels se trouvaient telle ou telle mouvance et périodes. Et The Cure c’est aussi, qu’ils le veuillent ou non, l’origine et le centre de toute la musique post-rock et post-punk des années 60-70 et l’inspiration de nombre groupes depuis, notamment à travers la mouvance « new wave », « cold-wave » (Depeche Mode, Joy division, New Order, Cocteau Twins, Siouxsie and the banshees dont Robert Smith fut quelques années le guitariste à une époque où les collaborations entre groupes étaient nombreuses. La décennie 80 grandissait d’un côté avec la disco qui se moquait des effets de la crise, tandis que les Cure l’affrontaient ouvertement pour ne rien nier et poser en musique et en textes leurs angoisses et leurs regards sur un monde qui s’internationalisait, s’électronisait, s’informatisait pour le plus clair et le plus sombre dans l’angoissante Angleterre Thatchérienne . Aux lumières criardes et à la proposition d’un monde multicolor de la disco, Robert Smith préférait exposer et faire exploser un univers en noir et blanc, au moins dans les premières années du groupe, avant qu’il ne choisisse de s’alléger et d’entrer dans une discographie plus pop et légère, en revenant de temps en temps à ces origines, prolongeant ainsi le mythe et l’éternel questionnement pour savoir quels étaient et quels sont encore aujourd’hui réellement les secrets de ces Cure éparpillées à travers leurs 13 albums studios entre 1979 (Three Imginary Boys) et 2008 (4:3 Dream)

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The Cure au moment de leurs années de succès, de gauche à droite : Boris Williams (batterie), Porl Thompson (guitare, clavier), Robert Smith (guitare chant, fondateur et âme du groupe), Simon Gallup (bass, autre rescapé du groupe presque initial), Laurence (Lol) Tolhurst (batterie, clavier, fondateur du groupe mais viré en 1989 pour cause notamment d’alcoolisme aggravé).

Dans une année 2016 qui a vu quelques monstres sacrés de la musique rock disparaître (David Bowie, Lemmy Kilmister, Prince, Leonard Cohen…), revoir Robert Smith (57 ans et quelques années de turbulence derrière lui…) en (bonne) chair et en os une nouvelle fois fut un vrai grand et bon moment de bonheur, très émouvant sur la fin au moment de quitter la scène. A moins qu’il ne s’agisse plus simplement aussi de chercher à revoir, à travers lui et le miroir de ces 30 dernières années, le reflet de nos propres images lorsque collés aux vitres d’un bus scolaire et walkman collé aux oreilles, nous faisions tourner en boucles les déambulations Curesques. Un univers radical, qui a séduit une bonne frange de toute une génération, et en a révulsé bien d’autres. Les Cure, on adorait ou on détestait. Mais n’en déplaise à certains, ils resteront dans la légende des groupes cultes. Et c’est une autre coïncidence que d’avoir vu récemment au cinéma un bijou de petit film  anglais « Sing street » sorti début novembre (John Carney), qui rend hommage à cette immense culture pop/rock anglaise. L’histoire d’un jeune adolescent (étrange ressemblance avec Robert Smith des débuts…) qui, pour séduire une jolie fille, entreprend de se lancer dans la création d’un groupe de musique au début des années 80. Avec l’aide de son grand frère, il va se lancer dans la découverte du foisonnement créatif musical British et tenter d’entrer dans la danse en singeant ces aînés, The Cure en tête. Un chouette film aux allures de « Billy Eliott » musical accompagné d’une bande originale « revival », pour boucler la boucle ou continuer de faire tourner la roue…

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Pour revenir à ce concert Montpelliérain, malgré des places assises et incroyablement loin de la scène, la faute à l’immensité de la salle), j’en garderai un très grand souvenir (merci Olivier ! bis), le meilleur que j’ai vu d’eux avec le premier de 1986 (rappel… ). Une trentaine de morceaux, presque 3h de concert en 4 parties, fidèle à l’esprit des Cure, pas de chichis, pas de blablas, toute la place laissée à la musique et aux plus belles heures de leur univers. Des frissons particuliers pour moi sur l’ouverture nerveuse de « Shake dog Shake » (album « The Top »), puis quelques titres plus tard le toujours glaçant « One Hundred years » (du cultissime « Pornography ») animé de photos historiques des plus grands crimes contre l’humanité du siècle dernier, histoire d’illustrer la noirceur des paroles de ce titre (We die on after the other, over on over, it feels like one undred yeras…) , enchaîné avec l’incroyable et électrisant « Give me it » (« The Top » toujours), pour terminer une première partie ébouriffante et apte à redresser les plumes des rares exemplaires des corbeaux ressuscités le temps d’une soirée. Mention spéciale aussi pour l’envoûtant et mythique « A forest » (Seventeen Seconds), le très énergique « Push » puis le mélodique « A night like this » (« The Head on the door ») et « Play for today » (« Seventeen Seconds »), et évidemment l’éternel « Charlotte Sometimes »… Tous les premiers albums explorés, tous les « tubes » fredonnés, rien ne manquait, même si évidemment je regretterai toujours que la trilogie « Seventeen seconds/Faith/Pornography » en ait été réduite à un seul représentant par album (sauf 17 seconds avec 2 titres), mais il faudrait 9h de concert pour tout avoir ! RV j’espère avant 2026 pour la suite…

Extraits vidéos :

Charlotte sometimes (voir plus bas pour le clip d’époque)

A forest, (album Seventeen Seconds, 1980, sans doute le titre le plus mythique du groupe pour les fans, ambiance envoûtante, rythme lancinant, clip oppressant, bass profonde et qui n’en finit plus de raisonner, tous les ingrédients du groupe réunis, avec en final plus de 3 minutes de confrontation bass/guitare des siamois du groupe, Robert et Simon)


Play for today (vidéo empruntée à un autre spectateur Xavier B…Album Seventeen seconds encore, un de premiers morceaux tendance pop, je l’ai mis pour que les non spécialistes puissent  comprendre les Oh Ohoh-Ohoh de la petite histoire du début, car c’est en fait un gimmick de ce morceau en live…)

One hundred years (album Pornography, 1982, l’album le plus sombre et lourd du groupe, dont Robert Smith dira qu’il ne sait pas comment il en sorti indemne, ou en tout cas vivant)

Give me it (album The top, 1984, album de transition, méconnu mais pourtant un album avec de pures pépites mêlant les univers musicaux)

In between days (album The Head on the door, 1985, l’album qui a fait exploser le groupe en France, avec ce titre, puis Close to me, en confirmant qu’il sort des années noires pour retrouver la lumière des hits pops, hélas pour certains…)

A night like this (album The head on the door, bien représenté lors du concert avec 5 titres à lui tout seul, avec en plus des 3 extraits ici, Sinking et le génial Push)

Close to me


Je ne résiste pas à l’envie de mettre un extrait (Push) du « Live in Orange » filmé en 1986 par Tim Pope dans le théâtre antique

Et enfin le clip original et très « eighties » de Charlotte Sometimes, très très loin des clips pointus réalisés par Tim Pope pour les grands tubes du groupe au milieu des années 80 et qui contribueront à faire son succès. En tout cas on y retrouve de manière incroyable l’ambiance « bricolage » pour créer un genre, que Conor, le jeune héros du film « Sing street », utilise aussi pour monter ses premiers clips avec ses copains en filmant une jeune fille perdue dans les rues de Dublin. Dans ce clip il s’agit d’un joli manoir abandonné où seuls  » jeunes corbeaux rodent…:

Liens :

Site officiel : thecure.com

L’article du midi-libre sur le concert (lu après la rédaction de mon article, promis, je peux même pas lui faire un procès pour plagia…!) : http://www.midilibre.fr/2016/11/19/the-cure-intemporel,1427288.php

Pour les fans de musique, de toutes les musiques, j’en profite pour citer un site extraordinaire pour explorer la cartographie musicale du monde :http://everynoise.com/engenremap.html

Un site qui recense tous les genres musicaux depuis le « classique » (tout en bas) à l’électro d’aujourd’hui (tout en haut). 1264 genres, et en tapant un groupe/artiste dans la zone de recherche, la possibilité de voir ensuite tous les groupes/artistes classés dans les mêmes genres du groupe cherché. Gargantuastesquement musical !

 

La setlist du concert de Montpellier (dans l’ordre cette fois)

1ère partie :    Shake Dog Shake, Fascination Street, A Night Like This, The Walk, Push, In Between Days, Sinking, Pictures of You, High, Charlotte Sometimes, Lovesong, Just Like Heaven, From the Edge of the Deep Green Sea, One Hundred Years, Give Me It

2ème  partie : It Can Never Be the Same, Burn, Play for Today, A Forest

3ème partie : Step Into the Light, Want, Never Enough, Wrong Number

4ème partie : The Lovecats, Lullaby, Friday I’m in Love, Boys Don’t Cry, Close to Me, Why Can’t I Be You?


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Une réflexion sur “The Cure, #7, 18 novembre 2016, Arena Montpellier

  1. Je te demandais comment était le concert sur FB. J’ai ma réponse ! et quelle réponse ce qui me fait encore plus regretter de ne pas être allé les voir en concert . En tout cas , ta chronique m’y aura un peu emmenée !

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