Spotlight, Tom McCarthy – USA, 2015

spotlight« Toute ressemblance avec des faits s’étant déroulés seraient purement fortuites ». C’est le sous-titre qu’on aimerait voir mentionné sur l’affiche du film pour croire qu’il s’agit d’une pure fiction. Boston 1976, une famille est interrogée sur de possibles agressions sexuelles commises par un prêtre et dont aurait été victime un des enfants. 20 ans plus tard, l’équipe de journalistes d’investigation « Spotlight » (officine de sous-sol du Boston Globe), déterre cette affaire et va tenter de démontrer qu’il ne s’agissait pas que de quelques cas isolés mais bel et bien d’un système couvert par l’Eglise. Toute ressemblance avec des faits potentiellement similaires du côté de la capitale des Gaules…n’est peut-être pas fortuite. A suivre en tout cas dans la vraie vie, et en attendant pour ce qui est de celle du cinéma voir ci-après.

L’actualité quotidienne va vite, et lorsqu’au milieu des faits internationaux, de la politique, de l’économie, des faits divers, on apprend ici ou là qu’un instituteur, qu’un éducateur, ou qu’un prêtre a été arrêté pour cause de possibles agressions sexuelles sur des enfants avec lesquels il était en contact, et au-delà, qu’il était connu des « services » mais qu’en dépit de cela il était toujours en poste, ou pire, qu’il avait éventuellement bénéficié d’une promotion, on en reste toujours choqué, mais plus surpris. Et cette absence de surprise, qui n’a rien à voir avec une accoutumance malsaine avec ce genre de révélations, prend sa source dans les faits révélés par l’équipe de Spotlight, dirigé par Walter Robinson (très froid et carré Michael Keaton), qui fut la première à oser, en dépit du poids de l’église catholique outre-atlantique, d’abord enquêter sur les délits commis par des prêtres,  réussir à en mesurer ensuite l’ampleur insoupçonnée, et enfin à révéler au monde entier l’existence d’un système concourant à cacher les faits. Les dernières images du film (juste avant le générique) qui défilent sous forme de villes du monde entier inscrites sur fond noir et dans lesquelles les mêmes scandales ont été révélés depuis, comblent ces 20 années où la loi du silence a été brisée et où les victimes ont osé (en tout cas certains car si les hypothèses du film sont justes, il est plus que probable que celles et ceux qui ne parviennent pas ou qui ne veulent pas témoigner sont bien plus nombreuses que les autres) prendre la parole, contribuant à créer cette « habitude » dans nos actualités quotidiennes.

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Y aller ou pas ?

Le film est donc très fort de ce point de vue là, parce qu’il permet de se rappeler que 20 ans ce n’est pas si vieux que ça, et qu’en pensant à cet « avant ça », on est pris d’angoisse si on se prend à appliquer le pourcentage évoqué dans le film pour le nombre de prêtres pédophiles coupables d’agressions et/ou de viols, à multiplier par le nombre d’enfants avec lesquels ils ont été en contact dans les dizaines et les centaines d’années, avant ça. Effarant. Et l’actualité française de ces derniers jours (mars 2016) interpelle également fortement notre regard critique, entre la tentation du copier-coller de par la similitude des faits et la conclusion facile à en tirer, et le devoir d’objectivité et de justice qu’on ne doit pas oublier, et la peur de se dire « ah quoi bon puisque rien n’a changé ». C’est donc un film à voir pour redécouvrir que 20 ans de révélations c’est à la fois beaucoup et si peu pour qu’une société et des systèmes se corrigent, que ce soit du côté des coupables, des victimes, et de celles et ceux de la société qui en sont au mieux les ignorants, au pire les complices, au milieu des révélateurs (qu’on appelle aujourd’hui lanceur d’alertes dans d’autres domaines).

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C’est parti…

Mais l’exposition et la révélation des faits, réels, si importants soient-ils, n’est pas le seul intérêt du film. Car pour moi c’est surtout un film sur le journalisme d’investigation, en forme d’hommage à ces journalistes qui consacrent jours et nuits à leur sujet, qui sont prêts à tout sacrifier pour faire sortir les faits du silence. Quand on y repense et si on essaye de découper le film en pourcentage de temps consacré aux différents protagonistes du film, il n’y a pas débat : peut-être 10% du temps où l’Eglise à la parole, 10% pour les victimes, 5% aux avocats, et 75% aux journalistes. Ce n’est donc pas un film qui s’immisce dans les sombres couloirs de l’archevêché de Boston, ce n’est pas non plus un film qui s’étire en témoignage pour montrer les dégâts sur les victimes (mêmes s’ils sont évoqués de manière très explicites et justement proportionnés), ni non plus un film sur les méandres de la justice américaine. Non, c’est bel et bien un film sur l’enquête, l’investigation, la recherche, le recoupement d’informations, le dépoussiérage d’archives, tout cela dans une ligne éditoriale à trouver, à respecter, à arbitrer, à défendre. Et tout ne va pas de soi, en dépit de la force de conviction incarnée par Liev Shreiber dans le rôle du nouveau rédacteur en chef du Boston Globe qui sera le commanditaire de cette enquête.

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de la paperasse et encore de la paperasse

Dans ma dernière critique consacrée à « Anomalisa« , j’essayais de disserter sur l’apport des techniques d’animation dans le cinéma notamment pour la distance accentuée qu’elle permet entre le propos du film et nos réalités. Avec ce film-là c’est tout l’inverse qui se produit, puisque c’est à partir de faits dont on sait à l’avance qu’il s’agit de faits réels, qui plus est en les traitant avec un scénario qui choisit d’aborder l’histoire à travers une « simple » enquête sans en rajouter dans la dramaturgie ou l’intrigue, que le réalisateur montre qu’en dépit de ces réalités factuelles, il est possible de fabriquer du cinéma. L’association d’une histoire réelle et dramatique avec l’ambition d’en faire un film (parfois quasi-documentaire) fonctionne très bien, et le fait qu’il ait obtenu l’Oscar du meilleur film lors de la dernière cérémonie des Oscars n’est pas simplement lié à l’émotion qu’il a pu susciter, mais aussi parce qu’au-delà des faits ça reste du cinéma. CQFD.

the revenantSinon ces jours-ci j’ai également vu « The Revenant » d’Alejandro González Iñárritu (oscar du meilleur réalisateur, et dont je viens de voir aussi « Birdman » avec Michael Keaton, excellent), avec Leonardo Di Caprio (oscar du meilleur acteur pour ce rôle). C’est bof, du tout-venant, malgré de très beaux paysages, des longueurs un peu trop mystiques que je préfère voir chez Terence Mallick parce qu’au moins on sait à quoi s’attendre, mais attention pas mal de violences. Quant à Leonardo Di Caprio, il sait bien respirer fort, très fort, il fait très bien le survivant, de là à décrocher une statuette…

roomEgalement vu « Room« , de Lenny Abrahamson, avec Brie Larsson (oscar de la meilleure actrice, oui je sais j’ai donc vu 3 films qui ont obtenu des récompenses aux derniers oscars et pas des moindres, mais à part Room, ça fait plusieurs semaines que je voulais voir les 2 autres…). Superbe film, très prenant, émouvant, qui remue. L’histoire d’une jeune femme captive depuis 7 ans d’un homme qui l’a enlevée à l’âge de 7 ans, violée, et qui aura un enfant de son tortionnaire. Un film en 3 temps, la captivité dans une pièce de 10 mètres carrés,  l’évasion, et la vie « de l’autre côté ». Dommage que le jeune garçon qui joue le rôle de l’enfant n’ait pas pu concourir pour l’Oscar du meilleur acteur, Leonardo aurait eu fort à faire ! A voir.

Bande annonce de Spotlight :

Bande annonce de The Revenant :

Bande annonce de Room :

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2 réflexions sur “Spotlight, Tom McCarthy – USA, 2015

  1. Personnellement, j’ai eu beaucoup de mal avec ce film. Je ne suis pas catholique, mais j’ai été choquée par la façon dont le film, sans le vouloir je pense, met le catholicisme et les prêtres pédophiles dans le même sac. A la fin, le personnage de Rachel McAdams dit ne plus vouloir accompagner sa grand-mère à l’église à cause de ce qu’elle a découvert sur les affaires de pédophilie : j’y vois une façon de rejeter l’église toute entière, comme si le fait qu’il existe des prêtres pédophiles bousculait la foi de ce personnage. Sur la forme du film, je n’ai pas été convaincue non plus, j’ai trouvé ça très plat. Dommage car le casting est très bon.

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    • c’est vrai, on peut le voir comme ça. Mais comme je le dis, le principal intérêt du film est sur le journalisme d’investigation, la pédophilie de certains prêtres n’est « qu’un prétexte » de scénario. L’église et les victimes ont une part égale dans le film, c’est-à-dire minime. Ce n’est donc pas un film sur les pourquoi et le comment et les conséquences de la pédophilie, même si effectivement certaines scènes y font référence et risquent d’introduire des conclusions faciles et risquées.

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