Au delà des montagnes, Jia Zhangke, Chine – 2015

montagnesAprès mes petits tours du côté de l’oncle Sam et du rêve américain, on fait le tour de la planète pour aller voir un autre empire, celui du milieu, avec un film qui montre la vision d’un autre rêve, celui d’une Chine en plein développement entre tentation de mondialisation et traditions, tout cela à travers les destins croisés et déchirés de trois amis d’enfance.

Pour une fois je vais commencer par… les conclusions sur ce que j’ai pensé de ce film, histoire d’accélérer : c’est très beau, c’est certainement un grand film, mais boudou qu’est-ce que c’est lent et mou, une vraie séance de Tai chi cinématographique ! Ça donne envie de se regarder dans la foulée un bon Bruce Lee pour se réveiller. Un film qui pousse (malheureusement) à se demander si le cinéma chinois ou asiatique en général (en tout cas celui qu’on nous permet de regarder en France), a autre chose à proposer entre le cinéma ultra contemplatif (même si c’est toujours superbement esthétique et agréable) de type Won Kar-Wai (« In the mood for love« ), et les Banzaï ! Je caricature peut-être (sûrement même), mais celui-ci fait indiscutablement parti de la première catégorie, pour le pire (quelques bâillements incontrôlés je l’avoue), et le meilleur, que voici…

montagne tao scooter

1999, Tao avançant dans une Chine qui se construit sur les ruines de son passé

Chine 1999. Tao est une jolie jeune fille en fleur et chanteuse amatrice,  Jinsheng un jeune homme ambitieux qui expose ses premiers succès, et Liangzi un gentil garçon ouvrier à la mine. Tous les trois sont des amis d’enfance, et encore inséparables à l’heure d’entrer dans leur vie d’adultes. Mais les deux jeunes hommes sont pris d’un même amour Tao, qui le leur rend bien, mais elle est incapable de choisir entre les deux. Jinsheng emportera le coeur de la belle sans grands efforts et avec la complicité résignée de Liangzi. A elle donc Jinsheng et sa fortune naissante, à eux le mariage et le bébé (prénommé Daole et dont on comprendra la signification plus tard dans le film), et une vie de famille qui prospère proportionnellement aux succès industriels et économiques du chef de famille.

montagne tao et 1

Jinsheng et Tao découvrant les joies des premières richesses…

montagne tao et 2

…au détriment de Liangzi

Chine 2014. Le couple modèle s’est séparé, laissant Tao revenir au pays tandis que Jinsheng, devenu invisible, s’est installé à Shangaï, la nouvelle capitale économique chinoise, avec leur fils âgé de 7 ans. C’est aussi le temps du retour au pays pour Liangzi, tout juste marié et à son tour père de famille. Un retour forcé par la maladie contractée à force d’aller au fond de la mine.

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des retrouvailles difficiles entre Tao et Daole…

montagne tao et fils2

…que le « partage » technologique comble mal

Chine – Australie 2025. Daole est un jeune étudiant qui poursuit son cursus dans de prestigieuses écoles internationales au pays des kangourous, ne parle plus que l’anglais, a oublié le prénom de sa mère, tandis que son père est passé du statut de modèle de réussite à celui d’exilé banni empêché de revenir au pays sauf au péril de sa vie à cause des magouilles et corruptions qui ne sont pas expliquées mais qu’on devine.

Le film est découpé par ces 3 périodes qui s’étire sur 26 ans (rassurez-vous je n’ai pas tout raconté même avec ces quelques descriptions), soit une paille à l’échelle de l’Histoire de l’empire du milieu. C’est pourtant à travers ces personnages et cette période courte que le réalisateur tente et parvient à montrer l’accélération incroyable du développement économique du pays, ses promesses d’enrichissement, mais aussi le risque de la perte de la mémoire collective et des liens ancestraux. Le film est donc plein de boucles et de symboles (que je ne dévoile pas mais certains sont particulièrement percutants), boucles des destins partant et revenant, boucles des filiations, boucles intergénérationnelles, boucle entre la première scène (un groupe de jeunes chinois dont les 3 personnages principaux, improvisent une chorégraphie sur la musique des Pet Shop Boys « Go West », hé oui ça date !) et la dernière scène du film où Tao (superbement interprétée par Zhao Tao pleine d’une insouciance gaité) reprend seule cette chorégraphie avec en arrière-plan la muraille de la ville ancienne et un tour-temple traditionnelle qui se dresse tout au fond (oui je sais j’ai cassé le suspens insoutenable de la fin du film, désolé…). Des boucles donc, comme pour construire un film en forme de symbole de l’infinie (∞) éternité de l’empire du milieu, et montrer les dangers que font peser sur lui l’avarice de quelques individus et le mirage de lendemains trop artificiellement dorés. Une ambition cinématographique louable et probablement reproductible dans d’autres pays. Et pour conclure avec ma propre boucle, un film à voir, mais…en forme !

montagne daole liberté

La liberté des grands espaces australiens pour Daole mais dans quel but ?

Si vous voulez regarder un autre film de Jia Zhangke, je vous conseille « A touch of sin » (2013), une autre façon d’illustrer la transformation de ce pays à travers les histoires de quatre personnages (3 hommes et 1 femme). Un film assez déboussolant dans sa compréhension (il faut attendre de voir les 4 histoires pour avoir une vision globale qui permette de bien appréhender l’ambition du film), plus rythmé que celui-ci, et donc finalement peut-être plus facile (quelques images délicates quand même).

touch of sin

Ou sinon pour une autre vision du cinéma chinois avec lequel j’ai été un peu sévère au début, je vous conseille, comme je l’ai déjà fait avec ma critique sur ce film, de regarder « City of life and death« , de Lu Chuan (2009). Là encore il s’agit de l’histoire de la Chine, mais un peu plus lointaine dans ses plus sombres heures de la guerre sino-japonaise du milieu du 20è siècle à travers l’épisode du massacre de la population de Nankin en 1937. Un chef d’œuvre d’un metteur en scène jusqu’au boutiste, mais attention scènes d’une violence ultra-réaliste auquel le noir et blanc n’enlève rien…

city of life and death

La bande-annonce d' »Au delà des montagnes » :

La bande annonce de « A touch of sin » :

 La bande-annonce de « City of life and death » :

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2 réflexions sur “Au delà des montagnes, Jia Zhangke, Chine – 2015

  1. là, je crois que la lecture de ton récit me suffit, voir le film pour moi, qui s’annonce très lent, c’est m’endormir à coup sûr!!
    bisous bonne soirée

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  2. Pingback: Tous les avis en un clin d’œil… | Charlie et la fourmilière

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