Les cows-boys, Thomas Bidegain, France – 2015

les cows boysUn film dont a beaucoup parlé au mois de décembre par son sujet qui évoque la question de la conversion à l’Islam et la radicalisation d’une jeune fille. Un premier film pour Thomas Bidegain, plus connu (ou pas) pour avoir écrit ou co-écrit les scénarios de quelques films beaucoup plus célèbres que lui : « Un prophète« , « De rouille et d’os » et « Dheepan » de Jacques Audiard, le populaire « La famille Bélier » d’Eric Lartigau par exemple. Passage réussit de l’autre côté de la caméra ?

On est en 1994, la famille d’Alain est insouciante et fait s’écouler les jours et les dimanches en s’adonnant à leur passion commune, la culture américaine et en particulier la musique country. Tout y est, chapeaux, chevaux, guitares, danses alignées aux pas soigneusement synchronisés, hiha par ci et yah-yah par là. Tout va bien dans ces paysages pré-montagneux de l’Ain, si c’est pas les Rocheuses ça fera bien office d’Appalaches. Oui tout va bien sauf qu’au beau milieu des festivités, Alain et sa femme ne trouvent plus Kelly, leur fille de 16 ans.  L’angoisse grandit lorsque d’anciennes amies leur confient que depuis plusieurs semaines Kelly s’est éloigné d’elles, avant de leur avouer sa rencontre avec un nouveau copain, Ahmed, mais qu’il ne faut pas s’inquiéter.

le métro de Londres hi ha

Hi ha version Ain

Sauf qu’Alain s’inquiète très vite, surtout après la découverte de lignes d’écritures arabes dans un cahier trouvé dans la chambre de Kelly. Il décide alors de porter plainte, mais très vite désabusé par « l’enquête » et la désinvolture des autorités, il part à sa recherche tout seul, aux risques d’y laisser sa santé, son boulot, sa famille. Le film devient alors un road-movie pour poursuivre l’immersion dans l’enquête en mode western, chapeau de cow-boy toujours sur la tête même au volant de la Volvo break en guise de chevaux ou de diligence moderne. D’allers retours en allers-retours, Alain tire les ficelles mais n’en finit pas de refaire des nœuds avec le peu d’informations qu’il découvre dans les sous-sols sordides de banlieues ou dans des caravanes miteuses des mêmes villes.

le métro de Londres volvo

Alain ne descend jamais de…voiture pour les besoins de l’enquête

Les années passent, ce qu’il reste de la cellule familiale explose, tout comme les tours jumelles de New York le 11 septembre 2001, le train de Madrid en 2004 et le métro de Londres en 2005, faisant monter les craintes d’Alain qui se fait désormais aider par le frère de Kelly, surnommé Kid, maintenant jeune adulte, et qui finira par prendre définitivement les rênes, non pas du cheval mais de l’enquête privée au-delà des frontières de l’Europe.

le métro de Londres pakistan

Une enquête qui mènera Kid loin, très loin.

Un film qu’on a du mal à regarder en se sortant du contexte des derniers attentats du mois de novembre tant le sujet de la radicalisation a été au centre des débats depuis cette date, et même depuis le début de l’année. Cette coïncidence entre une réalité dramatique et une fiction filmée influe nécessairement sur notre regard, car on est tenté d’y chercher des réponses aux questions qu’on se pose sur ce phénomène de radicalisation. Pourquoi, comment, où etc… ? Mais c’est un tort, car on ne trouve aucune réponse à ces questions. Ce n’est pas un film sur la radicalisation, mais un film sur les conséquences de cette radicalisation sur une famille. Et même au-delà, c’est plutôt un film sur la difficulté de faire le deuil d’une personne aimée à travers une séparation qui n’est que de corps et d’esprit dans l’espoir que celle qui est partie soit encore en vie.

cow boys imam

Rencontrer dans une sombre cave en guise de tipi un éventuel « ennemi » pour avancer…

Si on se « contente » d’avoir ce regard sur le film, alors on se sera pas déçu. Les acteurs sont très bons et touchants, leur engagement et leur persévérance poignants. Et c’est même à partir de ce premier regard qu’on arrive à y trouver d’autres qualités sur le plan plus politique et un certain côté prémonitoire, en faisant jouer le rôle d’un jeune radicalisé par une jeune fille de 16 ans, non issue de l’immigration, vivant dans une campagne bien tranquille, au sein d’une famille visiblement parfaitement soudée, et aux résultats scolaires parfaitement normaux. Ensuite  en choisissant de faire démarrer son histoire en 1994, Thomas Bidegain nous rappelle gentiment que les conversions et radicalisations ne datent pas d’hier et nous invite tout aussi gentiment à nous demander ce qui a été fait depuis plus de 20 ans sur ce terrain. Enfin, en conduisant Alain et son fils dans les sombres couloirs des banlieues belges et hollandaises alors même que les médias français n’avaient pas encore mis leur caméra et leurs micros à Molenbeek, le film fait preuve d’une certaine prémonition dont on se serait bien passée…

En conclusion, s’il n’évite pas à mon avis quelques facilités dans le scénario notamment sur la fin, le film est très plaisant à regarder, à condition qu’on ne lui fasse pas porter plus de sens qu’il ne peut et veut en montrer !

La bande annonce :

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Une réflexion sur “Les cows-boys, Thomas Bidegain, France – 2015

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