Le pont des espions, Steven Spielberg, USA- 2015 / Strictly criminal, Scott Cooper, USA – 2015

 pont des espionsstrictly confidentialUne critique deux en une, pour deux films que j’ai vu avant les fêtes et dont les souvenirs ne me permettent pas de faire des critiques aussi complètes (et longues…) que d’habitude. Mais une réunion qui se justifie aussi par un point commun à ces deux films, car ce sont tous les deux des films de genre sur des thèmes maintes fois utilisés dans la production hollywoodienne. Les regarder avec l’idée de savoir quelle originalité on allait pouvait y trouver était donc intéressante. Et quand à la mise en scène il y a Steven Spielberg d’un côté, Scott Cooper de l’autre (dont j’avais adoré « Les brasiers de la colère« ), et comme acteur Tom Hanks vs Johnny Depp, on se dit que quitte à faire dans le classique, autant aller jusqu’au bout ! Enfin dernier point commun : il s’agit dans les deux cas d’histoires inspirées de faits réels.

1.Le pont des espions :

Avec »Le pont des espions« , Spielberg revisite donc le film d’espionnage, version les bons américains contre les méchants communistes de l’URSS, alors que de la guerre devient polaire entre la sortie du Mac Carthysme au milieu des années 50 côté US et édification du mur de Berlin en 1961 côté soviet. L’administration américaine est presque entièrement contrôlée par les agences d’espionnage et de contre-espionnage, CIA en tête. Rien qu’avec le titre et l’affiche (encore plus dans sa version US), on sait qu’on va être dans du lourd, du connu, au point peut-être d’anticiper le scénario et l’intégralité du film : va y’avoir un méchant espion communiste qui va s’faire choper côté US et de l’autre côté un innocent américain qui s’faire accuser d’être à la solde de l’ennemi alors qu’il se contentait de faire du tourisme, tout ça grâce à des gadgets et des techniques de messages codés ultra-sophistiqués que même l’inspecteur gadget va en être jaloux, et dans un environnement des années 50-60 avec des grosses voitures américaines d’un côté et des rues toutes tristes et grises de l’autre et des grands gaillards austères côté soviets, et à la fin ça va s’terminer sur un pont en pleine nuit parce qu’on va échanger les espions capturés pour faire donnant-donnant, et que même lorsque l’échange va avoir lieu on va être pris par un suspens insoutenable car on va se demander si à chaque pas va pas y’avoir un coup de feu qui tout va faire capoter !

le pont des espions le mur

Donovan longeant le mur de Berlin

Si c’est à ça que vous vous attendez, vous avez presque raison, mais la réussite du film tient dans ce « presque » qui fait la différence entre ce film et tous les précédents sur ce thème du film d’espionnage, tantôt tout droit sortis des livres de John Le Carré, tantôt multipliant les cascades, les rebondissements et les technologies les plus folles pour nous tenir en haleine. Mais dans « Le pont des espions« , Spielberg va au bout de la logique qu’il a annoncée et placée dans ce titre presque fade, en dépouillant complètement le scénario et la mise en scène de tout superflu et de tout sensationnalisme. Il sait que des dizaines de films l’ont précédé, et que sa valeur ajoutée, malgré son talent, ne peut pas être dans une surenchère sur le plan scénaristique ou du suspens sans parler des effets spéciaux.

le pont des espions hanks

James Donovan plaidant, impeccablement cravaté

Alors il se concentre sur les détails, sur le cadre, sur la narration, sur les personnages (aidés par les frères Coen au scénario), sur le lent cheminement qui va conduire James B.Donovan (Tom Hanks), avocat spécialisé en…assurances, à défendre la cause perdue de Rudolf Abel, supposé colonnel-espion soviétique que tout accuse (mais dont on ne se saura pas vraiment la nature de ses activités et de son importance objective car rien ne nous est montré des secrets qu’il a pu faire passer de l’autre côté de l’atlantique, à peine les premières scènes introduisent le sujet de l’espionnage à travers sa filature, si bien qu’on se prend presque de tendresse pour ce gentil papy aux allures inoffensives de peintre du dimanche). Mais la CIA  est certaine de sa culpabilité, et le gouvernement tient à ce qu’il soit défendu pour montrer que la démocratie américaine défend même le pire des criminels. Il s’agit de faire bonne figure et d’afficher un procès le plus équitablement impossible, et d’expédier le présumé coupable très rapidement dans la chambre d’exécution. Sauf que James Donovan a des principes forts et qu’il va se prêter au jeu de la défense objective envers et contre tous, son employeur, sa femme, et accessoirement la CIA qui le suit à la culotte. On l’accompagne donc dans sa quête d’une vraie justice en cherchant des arguments de fonds et de forme. Sauf que c’est peine perdue, la condamnation tombe, la seule réussite de Donovan est de sauver son client de la peine capitale. Cette première partie laisse place à la seconde dans laquelle Donovan va être chargé de conduire des négociations secrètes avec les soviétiques pour échanger le colonel contre un jeune aviateur américain capturé après que son avion a été abattu au-dessus du territoire communiste.

le pont des espions l'espion

Un dangereux espion (au premier plan le décryptage d’un micro-film) ? Ou un gentil peintre du dimanche (en arrière-plan) ?

Mais peu importe l’histoire après tout, vous la découvrirez en regardant le film, son principal intérêt est donc dans la mise en scène pour moi, et dans l’impeccable déroulé des plans. La musique est discrète, pas de cascades, tout semble froid, austère, et c’est le dépouillement de tout le spectaculaire qui créé la tension et suscite l’attention (oui ok celle-là elle est facile…). Et ça commence par exemple dès l’une des premières scènes, lorsqu’on voit le colonel occupé par son hobbie, la peinture, on y voit sa main apposer des touches de couleurs sur la toile en arrière-plan, alors que la caméra fait la mise au point sur le premier plan occupé par les déglutitions de sa gorge qui accompagne son geste artistique. Séquence apparemment anodine mais qui illustre tout le point de vue du film, qui utilise un scénario ultra-classique pour exposer la maîtrise de la mise en scène, du contre-pied et du contre-champ. « Vous voulez avoir un film d’espionnage alors vous allez bien l’avoir, mais pensez aussi à profiter du spectacle dans les détails » semble dire Spielberg. Costumes, décors, personnages, lumières, tout est tiré au cordeau, ce qui sur une toile de cinéma permet vraiment de récréer une atmosphère ultra-réaliste qui nous permet de mieux coller à la fausse naïveté de Donovan plongé dans ce tourbillon politique.

le pont des espions le soldat

L’aviateur américain face à ses accusateurs et sans défense montrée

Sur le plan pur du scénario on y découvre aussi quelques révélations sur les liens entre les soviétiques et les allemands de l’Est, qui n’étaient pas aussi bien huilés que ce qu’on peut nous en avoir appris ou transmis (la vérité n’était pas aussi simple que celle voulant afficher que d’un côté il y avait le bloc de l’ouest et de l’autre le bloc de l’Est ne faisant qu’un, même au niveau des gouvernements). Un vrai bon film donc, qui sous couvert de son affichage traditionnel parvient à innover et à faire presque comme si on découvrait pour les première fois ces histoires de « pont des espions« .

le pont des espions le pont

Le pont…

2. Strictly criminal :

Avec seulement son troisième film à la mise en scène, loin de l’expérience de Spielberg, Scott Cooper s’en prend donc à un autre film de genre : celui des gros méchants mafieux des années 70 en plein Boston. Là aussi ça sent bon le déjà vu, on pense aux Parrain(s), Les affranchis, Casino etc… Bref, de quoi se casser les dents sur des films rentrés dans la légende du cinéma. Cooper a choisit de raconter l’histoire d’une compromission entre un flic du FBI cette fois, et un caïd du milieu qui gravit les échelons de son quartier à force de meurtres tous plus impitoyables les uns que les autres. Au milieu de tout ça un politicien, il en fallait bien un, sénateur de son état et…frère du caïd pour couronner le tout. Ce qui unit les trois de manière infaillible c’est leur quartier d’enfance commun, Winter hill à boston toujours.

strictly criminal les trois

Les nouveaux « Le bon, la brute et le truand »

James Bulder est donc un petit caïd de quartier, qui règne sur un petit territoire, entre trafics en tout genre, prostitution, rackets contre protection etc… Mais il est ambitieux, et cherche à conquérir de nouveaux territoires. Il doit pour cela anéantir les méchants mafieux italiens. Malgré une campagne d’assassinats de part et d’autre, il n’y parvient pas. C’est grâce à son ami d’enfance, John Connoly, dont le nom trahit plus les origines irlandaises qu’il partage avec Bulder, et inspecteur au FBI, qu’il va pouvoir enfin y parvenir. Pour cela ils passent un pacte : Bulder donnera des tuyaux sur le business des italiens pour les faire tomber, en échange de quoi Connoly garantira une certaine tolérance contre les faits et gestes de Bulder. Au milieu de ce pacte on trouvera toujours le frère-sénateur faisant mine de ne rien voir, et une administration centrale du FBI plus ou moins complice de cette proximité d’intérêt.

strictly criminal conolly

James Conolly, FBI

Donc là encore un scénario ultra-classique car déjà vu et revu au cinéma ou en séries. L’intérêt et la réussite du film, c’est surtout l’interprétation de Johnny Depp en James Bulder. Si je n’avais pas vu qu’il s’agissait de lui sur l’affiche, je n’y aurai vu que du feu. La métamorphose est sidérante, les lentilles de couleurs y font peut-être beaucoup mais tout le reste y contribue (maquillages, coiffure, trucages). C’est bluffant et percutant car n’étant pas particulièrement fan de Depp, ça efface au moins certains a priori en plus d’effacer sa belle figure bankable. Ensuite, s’il ne faut pas s’attendre à des rebondissements en cascade, le développement de l’histoire reste cohérent et réussit à maintenir l’attention. Mais le film manque un peu de temps pour creuser les personnages ou approfondir la trame centrale du sujet, à savoir la corruption de l’un et le jusqu’au boutisme de l’autre, tandis que les personnages secondaires ont très peu de place pour animer le tout (la présence du frère-sénateur apporte très peu à l’histoire finalement). Si ça reste tout de même un bon film de méchants gangsters et de flics ripoux, je n’ai pas pu ou su « m’attacher » aux personnages ou à ressentir leur côté sombre. Ça manque donc un peu de profondeur pour moi, malgré la maîtrise indéniable de Scott Cooper qui s’en sort finalement très bien comparé à ses prestigieux prédécesseurs.

strictly criminal depp

James Bulder, alias Johnny Depp !

La bande-annonce du « Pont des espions » :

La bande-annonce du « Strictly criminal » :

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Une réflexion sur “Le pont des espions, Steven Spielberg, USA- 2015 / Strictly criminal, Scott Cooper, USA – 2015

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