The big short (Le casse du siècle), Adam McKay, USA – 2015

the big shortPour une fois ce n’est pas le réalisateur qui m’a donné envie de voir ce film (simplement parce que je ne le connaissais pas), mais plutôt les acteurs annoncés et le thème abordé : Ryan Gosling, Brad Pitt, Christian Bale réunis pour évoquer l’une des plus graves crises financières et économiques de tous les temps, celle de 2008, c’était tentant. Un film à plusieurs moralités, à découvrir à la fin de cette petite critique…

Trois des principaux acteurs

L’histoire est connue, puisqu’elle a occupé l’actualité pendant de nombreux mois entre 2007 et 2009 et on en parle encore aujourd’hui. Elle a inspiré la sortie d’un livre en 2010 « The big short » par Michael Lewis, best-seller international, dont le film est une adaptation. Les images des centaines de milliers voire millions d’américains obligés de quitter leur logement à cause de la crise des subprimes ont occupé elles aussi les écrans de TV. En Europe, et en France, paraît qu’on a échappé au pire, un peu comme le nuage de Tchernobyl s’était arrêté aux frontières de l’Alsace en 1986. L’intérêt du film n’est donc pas de nous révéler l’existence de cette crise, mais plutôt de tenter de nous en expliquer l’origine et les mécanismes.

Les mêmes en version...plus légères

Les mêmes en version…plus légères (mais mesdames n’allez pas voir le film pour ça, c’est un montage tiré d’autres films…)

Je dis « tenter » car autant le dire tout de suite, j’ai pas tout compris ! Certes mes connaissances financières sont limitées et je suis loin d’être une référence en la matière, vous aurez donc peut-être plus de matière et de bases pour jongler avec les termes et les techniques frauduleuses employés. Pourtant, le premier mérite du film réside dans ses efforts pour nous prendre par la main pour nous expliquer l’alpha et l’omega de la finance : jolie playmate (interprétée par Margot Robbie déjà présente dans « le loup de Wall Street » mais dans un rôle dont elle se moque un peu dans celui-ci)  dans son bain pour attirer notre attention et nous expliquer les S.W.A.P (vous savez les placements qui ont pour objectifs de miser sur la dégringolade d’un produit qui a le vent en poupe pour anticiper et ainsi faire d’énormes profits à terme. Oui je sais avec la playmate on comprend mieux alors voilà :

the big short baignoire

Ou intervention du chef cuisinier et écrivain Anthony Bourdain pour nous expliquer comment fabriquer un CDO (Collateralised Debt Obligations, soit des titres sur des portefeuilles de créances bancaires ou d’instruments financiers de nature diverse, ok là j’ai été obligé de refaire une recherche google pour m’en souvenir, voir référence en bas…) : pour cela prendre quelques filets de bons poissons mais dont la DLC (date limite de consommation ou d’inscription sur la carte du resto si vous préférez) est dépassée, qui ne valent plus rien (qui seraient donc côtés BBB ou BB par une agence de notation ou de critique gastronomique dans le cas présent, on suit toujours ?) quelconque, mélangez ainsi plusieurs filets décotés ensemble, faites un bon bouillon, laissez cuire à feu doux, et vous obtenez ainsi une fameuse nouvelle recette et plat vendable au premier client qui se pointe, et qui sera en plus côté AAA par les mêmes agences de cotation citées plus haut. Bingo, vous avez fabriqué un plat CDO AAA à partir de produits pourris ! Prêts pour préparer les CDO synthétiques ou CDO au carré ???

c'est pourtant simple !!!

c’est pourtant simple !!!

Bon là je vous ai mis les explications les plus simples, mais le film ne manque pas d’imagination pour nous expliquer quelques autres termes (un peu) techniques du film : Subprimes, CBO (ah je le savais, ce n’est pas que le nom d’un célèbre burger !), triples A, tranches (voir tout en bas), shorting, actions, obligations, titrisations, crédits hypothécaires etc… Soyons-lui donc reconnaissants d’avoir fait cet effort, qui pourtant n’est pas parvenu avec moi à me faire croire que je regardais « la petite maison dans la prairie ». Premièrement parce que le film part peut-être du camp n°3 de l’Everest quand moi je suis encore à préparer mon paquetage dans ma chambre, deuxièmement parce que même si j’avais compris 100% du vocabulaire, à force de les mélanger, de les envoyer en l’air comme pour jongler, on en arrive à avoir le même effet que lorsqu’on fait défiler à grande vitesse un ruban dont on distinguait toutes les couleurs à l’arrêt mais qui se confondent en une seule couleur en accéléré. Ça va trop vite ! Mais après tout ce n’est pas l’essentiel du film, car même si on intègre que 50% des explications, la trame est relativement limpide à suivre, et comme de toute façon on connaît la fin, on parvient toujours à se raccrocher aux branches en faisant comme si tout allait bien (dans ma compréhension je veux dire, pas dans le monde de la finance…).

Un autre grand intérêt du film c’est de faire un zoom sur l’opacité du système et la complicité de tous ces acteurs (banques, agences de cotation, médias, gouvernement…), et ce alors que quelques individus avaient sentis le coup venir. Et là c’est la grande réussite du film, de nous montrer ces personnages, et de les faire incarner par des acteurs au meilleur de leur forme. D’abord un docteur ès finances (interprété par le toujours génial Christian Bale) employé d’un fonds d’investissement, dont le costume se résume à ses pieds nus ou « chaussés » de tongs, bermuda/vieux t-shirt, et écouteurs sur les oreilles pour bercer ses tympans de trash métal, qui passe ses nerfs sur sa batterie au sous-sol,  qui a un oeil de verre et qui enfin a « un léger dysfonctionnement social » (entendez qu’il a du mal à communiquer avec ses congénères…). Un type bien quoi, qui sera le premier à mettre son nez dans la »merde », et à placer tout l’argent de ses investisseurs dans les fameux SWAP, en provoquant l’hilarité des banques ;

dr burry

Ensuite un jeune trader sans scrupules et aux dents très longues (un peu redondant mais tant pis) employé par une des banques au cœur du système et qui va vendre son tuyau à un fonds privé pour pouvoir miser à travers lui sur la faillite du système ;

gosling

Enfin deux jeunes traders amateurs qui essayent de faire des strikes financiers en lançant des billes (30 millions de dollars, oui mais ils sont partis avec 110.000 seulement), quand d’autres lancent des bombes, c’est quand plus pratique pour renverser les quilles du système (1,5 milliards de dollars, soit le minimum pour pouvoir jouer dans la cour des « grands » à Wall Street avec la carte ISDA, une carte bleue version gold +++++…), et qui vont pour cela faire appel à un ancien trader blasé qui a décroché du système (interprété par un très sobre et impeccable Brad Pitt, une fois n’est pas coutume, à croire que la barbe ça aide…).

brad pitt

Indiscutablement ces personnages mènent très bien le film, et on s’y attacherait presque si on se laissait emporter par leur perspicacité, leur anticipation, leur inventivité, leur enthousiasme et espérance pour qu’enfin la vérité fasse surface. Oui sauf que tout ce qu’ils font, une fois qu’ils ont découvert le pot aux roses, c’est miser contre le système pour en tirer un maximum de profits à leur tour, quand d’autres auraient pu tenter de le dénoncer. Le scénario nous rappelle pourtant vite à la réalité, en nous montrant (contrairement au »loup de Wall Street » qui ne faisait que montrer le côté pile du système sans jamais se préoccuper des « victimes ») le côté sombre et les dégâts que la crise a provoqué. Certes ça reste léger, quelques personnages très secondaires et un défilé d’images de SDF ou de gens quittant leur logement, mais ça remet les choses un peu en place.

Enfin, il faut reconnaître que malgré la gravité du thème abordé, le scénario, les dialogues et la mise en scène laissent une place de choix à quelques situations et échanges de bons mots qui allègent le film par quelques sourires bienvenus, dans un esprit « so british » comme que le cinéma US sait si bien le faire (« Ocean’s eleven« , « American Bluff » ne sont pas loin par exemple).

Bref, un très bon moment, avec une bonne dose de « oula chui un peu perdu », de « non mais c’est pas possible quand même, c’est dégueulasse », de « mais ça va s’arrêter quand », brassés par des intermèdes appétissants (je parle de l’épisode du restaurant…).

Ah et donc pour terminer, comme promis les moralités du film :

  • primo, le capitalisme (certains diront « poussé dans ces limites », d’autres « le capitalisme tout court ») c’est quand même bien pourri au fond et parfois jusqu’à la surface, mais ça on le sait déjà un peu.
  • deuxio, c’est toujours les petits qui trinquent, ça on le sait déjà beaucoup.
  • tertio, quand un film se termine avec comme générique « When the levee breaks » (lorsque la digue s’effondre) de Led Zepellin (extrait de l’album mythique et éponyme du groupe affublé du n° IV, oui oui celui où on trouve aussi « Starway to heaven« ), c’est que c’est forcément un GRAND film, et ça c’est la principale moralité à retenir (très bonne b.o.f. par ailleurs) !!!

La bande annonce :

Pour tout comprendre (ou presque) sur les « tranches », suivez le guide (en anglais c’est encore plus fun…) :

Pour les amateurs ou pour ceux qui ne connaissent pas : « When the levee breaks« , Led Zepellin (1971 quand même !)

Ou sinon pour vous endormir ou peaufiner vos connaissances qui sont certainement déjà bibliques sur le sujet si vous vous lancez dans la lecture de cet article qui date de…2005, soit l’année où commence le film (promis moi j’essaye, mais demain…) , et qui est la source qui m’a permis de vous préciser ce que signifie CDO, CBO etc :
https://www.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/banque_de_france/archipel/publications/bdf_rsf/etudes_bdf_rsf/bdf_rsf_06_etu_1.pdf

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3 réflexions sur “The big short (Le casse du siècle), Adam McKay, USA – 2015

  1. Comme d’habitude ta critique me donne envie d’aller voir le film, ce que je vais m’empresser de faire. Le 3eme lien est la bande d’annonce du film mais pas celui de Zeppelin que j’ai pu trouver sur le web.

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  2. Pingback: Tous les avis en un clin d’œil… | Charlie et la fourmilière

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