Joy, David O. Russell, USA – 2015

joyAprès « The big short » hier soir, suite de mon petit tour du capitalisme vu par le cinéma avec « Joy« , biographie filmée d’une sucess story tout droit sortie du rêve américain dans tout ce qu’il a de plus alléchant : où comment une jolie petite fille partie de rien et noyée dans un capital social, économique et familial désastreux, est parvenue à construire un empire industriel florissant à partir d’une idée que seule une bonne ménagère pouvait avoir. En route pour l’american way of life…

Décidément la mode doit être au film pédagogique aux US. Comme « The big short« , « Joy » utilise une technique bien rodée pour nous plonger immédiatement dans l’histoire et en nous impliquant dans le scénario. C’est ici la grand-mère Mimmie qui nous interpelle pour nous dire qu’elle va nous raconter la formidable aventure de sa petite-fille dans laquelle elle a tout de suite décelée des capacités d’imagination et de création qu’elle estime hors du commun, et grâce auxquelles elle va conduire toute la famille sur le chemin du succès.

joy jennifer1

Et des capacités il lui en faudra pour cela, tant les boulets qu’elle a aux pieds sont lourds : des parents divorcés dont la mère passe ses journées devant une série genre de « feux de l’amour », un père (Robert de Niro qui fait du…robert de Niro) acariâtre,joy de niro2 adepte des agences de rencontres (il y rencontrera Truddy, interprétée par Isabelle Rossellini assez méconnaissable), et gérant d’un garage miteux, une vie de couple ratée mais qui a laissé deux enfants dont Joy assume l’éducation, un ex-mari chanteur joy rossellinilatino qui chante plus souvent au sous-sol de la maison que dans des clubs, une demi-soeur jalouse qui protège son bien (la co-gérance du garage paternel) contre les supposées aspirations de Joy, tout ce beau monde vivant plus ou moins sous le même toit et le même plancher que Joy tente avec courage de sauver de la ruine en payant les factures avec son salaire précaire et réparant fuites, tâches, clôtures qui tombent etc…

Toute cette première partie du film est donc très classique, on compresse le ressort du drame pour mieux faire exploser le rebond du succès quand la roue va tourner : Joy n’a vraiment pas d’bol, tout joue contre elle, et on se demande bien pourquoi ce qu’une aussi jolie jeune Cendrillon des temps modernes (Jennifer Lawrence)  n’arrive pas à se trouver un joli prince charmant pour se sortir de ce foutoir miteux. Oui mais Joy est une femme courageuse, très courageuse, et au hasard d’une mésaventure sur un bateau, elle va avoir l’idée, pardon « THE idea » qui va enfin lui permettre de se révéler. Oui car là aussi il faut bien montrer que toutes les grandes inventions proviennent du hasard, d’accidents de fabrication, que c’est du vécu pour renforcer le côté magique. En l’occurrence ici une séance de nettoyage d’un sol de bateau en teck au cours duquel Joy va beaucoup se salir les mains et même, même se blesser avec du verre cassé (qu’elle aurait quand même pu enlever avant de passer la serpillère, mais c’est un détail, oui mais sauf que si ce détail n’avait pas été là, y’aurait pas eu d’invention, CQFD !).

joy idée

Joy cogite avec une poupée de sa fille sur son balai…( dans la vraie Joy Mangano a inventé un balai à vapeur, ici c’est un futur balai à fils de coton tressés)

Bref, de retour à la maison, Joy pense, cogite, réfléchit, et bingo l’idée lui vient d’inventer un balai qui évite d’essorer la serpillère. Joy emprunte les crayons et les feuilles de sa fille (ça fait bien aussi le côté « j’implique les enfants là-dedans… »), et se met à dessiner son concept. Et c’est parti ! Quelques rencontres, protections par brevet et développement plus tard, Joy peut enfin tenir SON balai miracle (je passe sur les détails du produit…), l’aventure peut continuer. Et l’aventure continue, après la création, la fabrication du prototype, place à la commercialisation qui passera par la rencontre avec une chaîne de télé-shopping (autre magie inventée du capitalisme, la vente directe de l’inventeur au consommateur) et un cadre dirigeant interprété par le toujours impeccable Bradley Cooper (oui je sais j’ai déjà dit ça hier pour Christian Bale mais ce sont mes 2 acteurs fétiches du moment…), puis l’industrialisation de la fabrication, et voilà Joy est sur l’autoroute du succès.

joy cooper

Joy et son sauveur du télé-shopping ?

Oui sauf que c’est pas vraiment aussi simple et limpide que ça, car au cours de chacune de ces étapes, Joy va aller de désillusions en désillusions, de difficultés en difficultés, de compression de ressorts en compressions de ressort, jusqu’à la mise en hypothèque de sa maison, puis finalement le dépôt de bilan. End of the story ? Je ne le dirai pas ici pour pas vous révéler la fin du film si vous voulez le voir. Je préfère terminer en évoquant ce qui m’a plu dans le film, car malgré ma description un peu moqueuse sur les grosses ficelles du scénario, le film reste agréable à regarder. Certes rien d’exceptionnel dans la mise en scène, c’est du très classique voire basique, jusqu’à neutraliser toutes les émotions, positives ou négatives. Mais il est surtout intrigant car certains dialogues sont tellement cousus de fils blancs, certaines situations semblent tellement sorties d’histoires qu’on a mille fois entendus, qu’on se demande si c’est une caricature cynique ou une volonté de réalisme assumée. On oscille souvent entre les deux, c’est-à-dire entre le film de propagande nunuche vantant les mérites de la persévérance et de la prise de risques quoiqu’il en coûte, ou le film réaliste qui veut montrer que cette fois-ci ça a tourné du bon côté, mais que la prochaine fois ça peut aussi très mal tourné.

joy fusil

Joy passe ses nerfs au fusil à pompe après une énième galère !

La réponse est peut-être dans les quelques échanges assez subtils entre Joy et Neil (Bradley Cooper), notamment en pactisant d’être « amis en affaires aujourd’hui », et se promettant de rester « amis dans la vie si un jour ils sont ennemis en affaire ». Business is business ! Pas certains donc que le film soit le meilleur outil de communication que pourra utiliser notre actuel ministre de l’économie pour relancer l’entrepreneuriat et l’industrialisation en France, tant les galères rencontrées par Joy sont à peine croyables, et si beaucoup de monde peut avoir des idées brillantes, il est peu probable que 100% osent tenter leur chance, ou si c’était le cas, que 100% puissent cumuler avec autant de réussite (provoquée), pugnacité et chances pour s’en sortir. Qui plus est, un film qui, pris en miroir du précédent « The big short« , ne fait que renforcer l’idée que le capitalisme industriel n’est pas forcément le moyen le plus rapide, efficace et sécurisé pour se faire de l’argent !

joy famille

La famille au grand complet pour admirer le succès de la fille prodigue ?

En résumé un film simple, sans démesure ni excès dans un sens ou dans l’autre, qui se contente de dresser le portrait d’une « Joy au pays des merveilles » du capitalisme ménager, une Joy attachante grâce à Jennifer Lawrence qui ne surjoue pas, une Joy qu’on est heureux d’accompagner et de soutenir dans un monde sans pitié et au milieu d’une famille dont on aimerait bien lui suggérer de s’éloigner. Reste qu’il fallait oser produire un tel film pour promouvoir une success story américaine à partir du portrait d’une femme inventant un nouveau concept de…balai. M’étonnerait pas que les féministes crient au scandale cinématographique de ce côte-ci de l’atlantique !!!

Quant à moi demain c’est jour de ménage, je n’ai pas la chance d’avoir (encore ?) le balai miracle de Joy (dont à mon grand désespoir je n’ai pu trouver aucune photo sur le net, mais ça doit être fait exprès pour inciter les curieux, et curieuses, à aller voir le film, si c’est pas du marketing ça j’y connais rien !!!), mais j’imagine que j’aurai une pensée pour elle lorsque j’essorerai la serpillère, et qui sait si une idée ne va pas jaillir du fond de mon sot ?

La bande annonce :

Publicités

Une réflexion sur “Joy, David O. Russell, USA – 2015

  1. Pingback: Tous les avis en un clin d’œil… | Charlie et la fourmilière

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s