Abbaye Cistercienne de Villelongue (Aude)

IMG_20150802_123744C’est le genre d’endroit qu’on ne devrait découvrir que par hasard, pour mieux se laisser surprendre par ce qu’il a à nous révéler (du coup je vais gâcher l’effet de surprise avec ce billet, désolé pour les futurs visiteurs). Et j’ai eu de la chance ce jour-là (dimanche 2 août 2015) de me laisser emporter par une belle petite route sinueuse de collines entre Montagne noire et plaine audoise pour découvrir après un virage serré cette bâtisse perdue, l’abbaye cistercienne de Villelongue construite entre le douzième et le quatorzième siècle. Perdue, mais pas abandonnée, car elle fait l’objet de toutes les attentions d’un petit groupe de passionnés et de ses propriétaires successifs (actuellement les héritiers du Docteur Eloffe qui l’avait rachetée en 1984) pour nous permettre de la maintenir autant que possible debout pour le plaisir de nos yeux et de nos curiosités. Un lieu de pierres bientôt millénaires, mais pas que…

Je ne sais pas si ça va devenir un passage obligé ou a minima un centre d’intérêt récurrent dans mes prochaines vacances ou ballades d’un jour, toujours est-il que c’est la deuxième fois en peu de temps que je découvre une abbaye cistercienne en cours de sauvetage. Les abbayes cisterciennes ont toutes la même origine, l’Abbaye de Cîteaux, qui est considérée comme « l’abbaye mère » de l’ordre des Cisterciens. Elle fut créée par Robert de Molesme en 1098, en Bourgogne (Côtes d’Or), et elle fut le point de départ du rayonnement de cet ordre pendant plusieurs siècles et à travers le monde entier (près de 400 abbayes de cet ordre rien qu’en France), grâce à d’autres membres influents de la communauté, comme Bernard de Clairveaux (Abbaye de Clairvaux – Aube).

Entrer dans une abbaye cistercienne, pour peu qu’elle ait été à l’abandon pendant plusieurs décennies voire plusieurs siècles, c’est la garantie de rencontres avec des pierres, des charpentes, des prières oubliées, mais aussi avec des propriétaires passionnés et une histoire toujours singulière. En janvier dernier j’avais ainsi eu le plaisir de découvrir (merci Yann et Valérie) l’Abbaye cistercienne de la Clarté-Dieu au Nord-ouest de Tours, rachetée par un couple d’ébéniste-sculpteur qui par petits bouts tentent de la sauver de la végétation et de l’écroulante apesanteur pour les pierres. Une abbaye dont la merveille, parmi d’autres très belles pièces ou vestiges, se trouve dans la charpente du dortoir des convers incroyablement bien conservée (quoique manifestant quelques signes de faiblesse).Charpente-clartedieu

Ce qui est troublant entre ces abbayes cisterciennes, ce sont leurs similitudes en terme d’occupation de l’espace : leur dimensionnement, la présence des mêmes pièces avec des ressemblances dans l’organisation. Cela paraît évident aujourd’hui, après tout ce sont des abbayes, petits domaines exploités par quelques moines selon un modèle économique associant prières et un dur labeur pour exploiter les ressources locales dans un but d’auto-suffisance mais aussi pour développer des réseaux d’échanges et de commercialisation à travers toute l’Europe, modèle qui n’a rien envié à certains autres modèles économiques plus ou moins communautaires d’aujourd’hui. Oui mais au 12è siècle il n’y avait pas de photocopies, d’images à reproduire, de plans à envoyer par internet, et c’est au rappel de cet autre rapport au temps et aux espaces qu’il faut apprécier le caractère reproductible de ces sites.

Évidemment l’autre similitude est liée aux effets du temps sur les pierres, dont on a parfois l’impression qu’il s’est acharné un peu par hasard ici plus qu’ailleurs. On ne cherche pas à comprendre, on constate les dégâts, mais aussi les plaisirs de voir se redresser telle colonne, tel pilier, telle porte, tel mur de soutènement, telle voûte etc…Enfin dernier point commun, celle d’accueillir régulièrement des concerts de musique classiques ou lyriques dans les quelques belles salles voutées durant la saison d’ouverture.

La partie religieuse de l’abbaye permet de voir une partie de ce qui en faisait sa splendeur jusqu’en 1529, année du commencement de son déclin. Il durera jusqu’au début du 20è siècle, époque à laquelle des propriétaires vont commencer à tenter si ce n’est de la restaurer, au moins de la sauver de l’oubli et des pillages. A force de mises en sécurité puis de plus ou moins gros travaux, on peut donc encore voir l’aile sud de ce qui devait constituer un magnifique cloître :

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Sur toute la partie Est, des salles consacrées à la dévotion ou la restauration, l’âme ne sachant visiblement pas pouvoir s’accommoder trop longtemps d’une séparation de ce que réclame le corps : réfectoire, salle capitulaire.

et enfin la superbe abbatiale dont il ne reste hélas que la dernière travée de la nef, le transept et le chœur :

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Comme dans d’autres abbayes, le premier intérêt de cette partie c’est évidemment le côté imposant de la structure, massive, concentrée, que la hauteur des murs ne fait que renforcer. Mais dans celle-ci, on y apprend que sa principale originalité est de pouvoir distinguer, en cherchant bien, des représentations sculptées de figures humaines ou animales, ce qui est très rare dans les abbayes cisterciennes.

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A Villelongue pourtant, si j’ai été séduit par la hauteur de l’abbatiale et le charme du cloître magnifiquement restauré et protégé, je n’ai pas trouvé sa merveille grâce aux pierres ou aux bois. Ce qui m’a le plus séduit c’est la belle association entre le minéral et la vie grâce à quelques palmipèdes, oiseaux, chats qui en sont les résidents permanents (avec les vrais propriétaires qui habitent une aile de l’abbaye), mais surtout grâce un jardin magique sur la partie ouest du site. Un jardin qui joue lui aussi avec différents espaces successifs, plus ou moins ouverts ou repliés sur eux-mêmes, les uns invitant à les regarder plutôt de loin, les autres à se rapprocher pour sentir, regarder le détail d’une fleur ou se laisser surprendre par d’innombrables petits aménagements utiles ou purement décoratifs au sol, en l’air, au loin, sur un grillage, sur un mur. C’est un espace qui paraît au début anodin, mais qui vous attire petit à petit au fil des parcelles (potagères, aromatiques, ornements, vergers…) vers dans son univers bohème et rêveur.

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 Un lieu qui peut se visiter en une petite demi-heure, mais si vous y récoltez quelques graines de temps, pourra faire pousser en votre intérieur quelques heures d’immobilité contemplative.

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Bonne visite à vous, et avant de partir vous passerez forcément dans la jolie petite boutique pour y trouver des livres plus ou moins spécialisés sur les abbayes, mais aussi des ouvrages sur le jardin, et quelques productions d’artistes régionaux qui contribuent à mettre de la magie dans le jardin…

Quant à moi j’ai très hâte de pouvoir aller enfin visiter une autre abbaye cistercienne voisine, celle de Sylvanès (Aveyron), très connue aussi pour son festival de musique classique l’été.

Abbaye de Villelongue, c’est où ? c’est là :

Quelques liens utiles :

L’abbaye de Villelongue : http://www.abbaye-de-villelongue.com/

L’abbaye de la Clarté-Dieu en Touraine : http://www.abbaye-clartedieu.fr/index.php?lng=fr

Liste des abbayes cisterciennes en France : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27abbayes_cisterciennes_de_France

L’ordre Cistercien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_cistercien

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