Super(Roger)tramp

IMG_20150801_204315Abasourdi. C’est le mot qui convient peut-être le mieux pour résumer ce que j’ai ressenti à la fin du concert de Roger Hodgson ce samedi 1 août 2015 dans la théâtre Jean Deschamps en plein coeur de la Cité de Carcassonne, et je n’étais visiblement pas le seul dans ce cas. Le co-fondateur du groupe Supertramp (groupe encore en pseudo-activité), dont il a été le génial compositeur et l’inoubliable et inégalable voix, m’a donné la chair de poule lors de ce concert qui, à défaut d’être le plus spectaculaire (Pink Floyd, AC/DC, les Rolling Stones sont des pointures difficilement égalables même par les formations actuelles), est à ce jour probablement un des plus beaux et émouvants concert auquel j’ai pu assister. Ça méritait bien un petit billet pour rendre hommage à ce grand, très Grand Monsieur, qui contribue à verser quelques notes de plus à la définition du mot Artiste.

 IMG_20150802_101410Avant de détailler le concert, quelques mots sur le festival de Carcassonne, dont c’était cette année le dixième anniversaire. C’était pour moi la quatrième fois que j’assistais à un des spectacles de la programmation. Je dis « spectacle » car l’une des caractéristiques de ce festival est de ne pas se contenter de programmations musicales pop/rocks, mais de brasser les univers : musique pop/rock internationales et françaises pour l’essentiel, mais aussi classique, jazz, blues, lyrique, théâtre, burlesque, danse etc… Cette année par exemple se sont cotoyées outre Roger Hodgson, Sting, Johnny Hallyday, Bruel, Shym, Pagny, Noah, Soprano, Tricky, Coeur de pirate, Black M, Calogero, Alan Stivell, Moriarty, Julien Clerc, Chedid (toute la famille…), Florence Foresti, Sanseverino, Lang Lang, l’opéra La Traviata, Kyo, Arthur H, Compay Segundo etc etc…, en tout 120 spectacles dont les 3/4 gratuits répartis entre le festival in et le off.  Y’avait même pour les ménagères de moins de 50 ans qui en ont un peu plus maintenant, Julio, oui Julio, le vrai, l’unique, mais pas tout à fait dans son état originel, Julio Iglesias, programmé pour lancer le festival. Hélas, 3 fois hélas, l’inchangeable Julio a été pris d’un violent mal de dos (une prothèse coincée ?) la veille du concert, et en guise de lancement de festival il en a plutôt inauguré les coulisses hospitalières…

Une autre originalité du festival est sa durée : 1 mois, à raison d’un ou plusieurs spectacles par soir. C’est aussi un festival de ville, et pas seulement de la cité, puisque c’est sur pas moins de 12 scènes que les artistes se produisent, dans la cité, mais aussi dans la ville basse, et cette année sur une grande scène en périphérie de la ville pour accueillir les plus grosses têtes d’affiche. Enfin, pour les spectacles programmés dans le théâtre Jean Deschamps (acteur et metteur en scène français décédé en 2007), c’est la garantie assurée pour le spectateur de voir des concerts uniques, dans un lieu magique encerclé par les pierres, les hauts murs des remparts et des tours. Avec les arènes de Nîmes et le théâtre d’Orange probablement l’une des trois plus belles scènes historiques de France. Pour ma part sur mes 4 visites, j’en ai fait 3 dans le théâtre et 1 sur la grande esplanade de la ville basse, aujourd’hui remplacée par la scène en périphérie (sans doute trop de nuisances sonores !).

IMG_20150801_210238Et je vous donne un petit tuyau, si vous visitez la cité avant d’aller assister à un concert programmé, en faisant le tour des remparts Sud, vous arriverez juste à l’extrémité du mur d’enceinte qui débouche sur le théâtre (dans le prolongement du garde-corps qu’on devine sur la photo à droite), et vous pourrez alors selon l’heure assister aux répétitions des artistes (enfin ça c’était il y a quelques années, peut-être que depuis l’accès a été fermé…). Donc si vous avez l’occasion de visiter le cité en juillet, n’hésitez à regarder la programmation du festival, vous y trouverez probablement un concert sympa. Je vous donne un autre conseil : il y a un petit bar à vins très agréable dans la ruelle qui descend vers l’entrée du théâtre, service un peu olé-olé mais cadre très chouette, bons tapas, et très bien aussi pour l’after-concert, ambiance musicale très branchée).

Bon mais revenons-en à Roger Hodgson…C’est peu de choses que de dire qu’il est l’âme de Supertramp, et en ce qui me concerne, l’une des premières voix, de mélodies et de sons uniques de claviers, de saxo, et autres instruments à vent qui m’ont initié à la découverte de la musique pop/rock. J’avais 9 ans, et, si je ne me souviens plus comment il est arrivé là (peut-être un cadeau de mes parents, à moins que je le leur ai discrètement emprunté…),  j’avais entre le 45 tours vinyl de « The logical song« , issu de l’album culte « Breakfast in America« . Je n’ai rien oublié non plus de cette pochette tout droit sortie d’un fast-food US :

logical songCette mélodie et cette voix résonnent encore dans ma tête dès que j’entends ces trois mots. Je ne comprenais évidemment rien aux paroles, seule la musique comptait. C’était mon premier contact avec de la musique anglo-saxonne, je basculais dans un autre monde en quittant des artistes et groupes pour la jeunesse dont je tairais le nom… Supertramp, avec d’autres, ne m’ont dès lors plus quitté, même si ce fut en pointillé jusqu’à l’âge du lycée, véritable période d’exploration un peu plus profonde des sons-madeleines de l’enfance tel que celui placé sur mon plateau de breakfast musical par Supertramp. Il faut dire qu’à cette époque j’étais encore en plein apprentissage de piano, et je me prenais alors peut-être à croire que je pourrais un jour en jouer comme eux. Ce n’est hélas jamais arrivé malgré quelques bribes de mélodies par-ci par-là.

Mais on se moque un peu de mon cas personnel, car au-delà de cette expérience, Supertramp a marqué toute une génération, malgré une trop brève longévité dans leur formation d’origine, à peine 14 ans de 1969 à 1983. Ils sont nés alors que John Lennon « imagine »ait déjà la fin des Beatles, que les Stones continuaient à remplir les stades et les cellules de dégrisement que Bob Marley venait probablement d’enfumer aux sons du lancinant Reggae. Ils sont nés aussi au milieu et avec les Pink Floyd, Led Zepellin, The Who, The Doors, ZZ Top, AC/DC, Aerosmith et autres sons planants et/ou hurlants. Ils ont vu l’éphémère mouvement Punk (Sex Pistols, The Clash) insulter la couronne anglaise peut-être pour contrer en partie Queen,  Giorgio Moroder se faire déhancher Donna Summer et la moitié nord-occidentale de la planète sur « I feel love » et que Boney M ou Abba enflammaient les dancings, les Bee Gees et les Beach Boys surfaient sur les plages californiennes dont ils révélaient tous les charmes… supertrampEnfin ils sont morts alors que la vague New-Wave déferlait sur la culture pop/rock et que les premiers sons électroniques révolutionnaient les possibilités de sons infinis. Et pourtant, malgré cette diversité de genre musicaux, Supertramp ne rentre dans aucun d’entre eux. Inclassable et incomparable, tant leur musique et leurs sons ont toujours détonné dans le paysage musical rock. Des mélodies qui restent dans la tête, des voix hauts perchées (Hosgson/Rick Davies), des arrangements qui mêlent des sons a priori hors sujet « rock » (claviers/synthés, instruments à vents magistralement joués par John Helliwell), et des compositions qui puisent leurs inspirations dans le jazz, le blues, mais aussi évidemment le rock. Enfin ce sont aussi des morceaux qui échappent encore au diktat du 3 minutes chronos systématique pour produire industriellement des tubes (même si ils n’y ont pas échappé) avec des titres de plus de 10-15 minutes (sans égaler tout de même les albums « concept » des Pink Floyd).

Je regrette personnellement que Supertramp ait toujours eu un peu l’image d’un groupe « gentillet », à cause d’un son peut-être pas assez agressif ou saturé, des mélodies qui peuvent paraître au premier abord trop « faciles » (je vous passe les partitions quand vous voulez pour vous y essayer et vous m’en direz des nouvelles…), et une image un peu « trop propre sur soi » alors que beaucoup de groupes cultivaient alors une image de bad boys pour alimenter le business. Peut-être. Mais l’univers de Supertramp mérite bien plus que cette image lisse, car lorsqu’on prend le temps de découvrir chaque album, on touche alors la richesse de leur répertoire et de leur inventivité. Et puis mince, pour une fois qu’un groupe base et développe son succès sur les claviers !!!

Il est donc 21h30 pêtantes lorsque Roger est annoncé et arrive sur la scène un peu kitchement décorée de pots remplis de vrais ou faux palmiers nains. Première standing ovation de 2 minutes (pour Roger, pas pour les palmiers…).

IMG_20150801_204424Ça sent le public connaisseur (la moyenne d’âge en témoigne, encore que je sois plutôt dans les « jeunes », si ça rajeunit quand même pas ça fait pas de mal de simplement le constater…). Le silence revient et les premiers accords de « Take the long way home » claquent, puis la voix, LA VOIX, est là, saluée par une salve d’applaudissements en plein morceau. Premiers frissons et nouvelle standing ovation à la fin de ce premier opus. Et première prise de paroles de Roger, dans un délicieux franglais. Il nous témoigne de son émotion d’être là dans ce cadre unique, et nous invite pour un soir à oublier et à expulser nos problèmes du quotidien par-delà les murs de la cité, pour ne goûter qu’au plaisir partagé de la musique, SA musique dont il avoue son immense joie de la voir vu traverser les continents et les générations. Je prends bien volontiers son invitation au pied de la lettre et je me vois aisément prendre mes petites préoccupations du quotidien pour les écraser avec une pierre empruntée à une des enceintes de la forteresse, ou les placer dans une des catapultes disparues des remparts pour les envoyer dans une des basses-fosses voisines, ou bien encore les torturer avec l’un des multiples sévices dont le moyen-âge avait le secret.

IMG_20150802_105243Ça s’est fait, place à la suite. Et ça enchaîne avec les classiques les uns après les autres : « School« , « Dreamer » (je suis certain que vous fredonnez…), « Breakfeast in America » (composé en à peine un peu plus de temps qu’il n’en faut pour engloutir un bon breakfast, soit 1 heure, dixit Roger), « The logical song » (j’ai 9 ans…), je me dis « mince il joue tous les standards au début mais qu’est-ce qu’il va rester pour la suite ? ». Mais inquiétude inutile et stupide à vrai dire, j’ai la mémoire qui flanche car c’est vite oublié le répertoire immense du Monsieur : « Hide in your shell« , « C’est le bon« , « If everyone was listening« , « Two of us« , l’incroyablement jazzy et pianistiquement virtuose « Child of vision« , « Don’t leave me now » (vous fredonnez toujours ?). Les éclairages sont sobres, juste ce qu’il faut, on n’est clairement pas dans une super-production industrielle, ce qui compte avant tout c’est la musique et le son.

IMG_20150801_215521Après les tubes mastodontes on se laisse prendre par des morceaux plus secrets (« In Jeopardy) », et on redécouvre d’autres qu’on avait laissé de côté, ce qui donne l’occasion de se dire « ah mais oui ça aussi c’est ENCORE de lui ! ». Ça m’a fait clairement cette impression sur les premiers accords de « Had a dream« , tiré de son premier album solo (« In the eye of storm » en 1984), et qui donne sacrément envie de bouger son popotin… Bon là dans cet extrait ci-dessous (extrait de la même tournée, placez le curseur de la vidéo à 1’10 si vous voulez sauter l’intro), ça ne se ressent pas vraiment, surtout sur et à cause du très « élégant » bassiste tout droit sorti de sa forêt canadienne de bucherons et dont on a envie successivement de changer les ressorts à mouvements verticaux unidirectionnels (mous, très mous !) qu’il doit avoir planqués dans ses baskets, de lui faire une coupe de cheveux à la Sid Vicious (leader des Sex Pistols) ou Bob Marley, de lui prêter le sourire de Georges Clooney, bref tout ça pour tenter de voir ce que ça donnerait en version « je bouge mes petons de droite à gauche, je fléchis les genoux, j’avance et je recule, je fais un pas de côté, je penche la tête d’avant en arrière et tout le haut du corps puisqu’on y est, et soyons fou je fais un tour sur moi-même et c’est trop cool je recommence… », un petit stage accéléré avec Philippe Katerine et ça devrait l’faire… Ouahou ! bon mais faudrait quand même pas qu’il finisse comme Julio hein… Hier soir il était là (le bassiste), avec la même « énergie », l’a dû faire un trou dans la moquette…

Puis vient une série de morceaux composés par Roger après son départ de Supertramp, notamment 3 extraits de son dernier album studio « Open the door » en 2000 (enregistré à Nantes), « The more I look » dédicacé à une fan qui le suit partout et qui était encore présente, « Say goodbye« , et enfin le très beau et long « Death and a zoo« , histoire d’une question philosophique sur le choix d’un lion qui doit opter entre la mort ou la vie en captivité. Car outre le fait d’être un grand musicien, Roger a l’âme « nature ». C’est d’ailleurs une des raisons qui l’ont fait quitter Supertramp, préférant vivre isolé avec les siens et en pleine nature plutôt que de poursuivre dans un monde de musique-business qui ne l’attirait pas, car le groupe était devenu trop célèbre pour lui.

Entre chaque morceau Roger prend la parole, explique ses compositions, ses choix, ses émotions, s’amusent avec ses musiciens, avec le public. Une générosité totale, une présence de chaque seconde que ce soit au clavier, à la guitare, au micro. Presque chaque morceau est ponctué par une standing ovation (à se demander pourquoi on se rassoit à chaque fois pfffffff, même si la dernière demi-heure s’est déroulée debout). On revient sur la fin du concert à d’autres classiques, car quand y’en a plus y’en a encore : « Lord is it mine« , et puis, et puis, le grand moment dont je craignais qu’il n’arrive pas : « Fool’s overture » !

IMG_20150801_232038Mon titre préféré du groupe, car il en est pour moi la parfaite synthèse : la longueur (plus de 10 minutes), des changements de rythmes et de mélodies multiples selon les influences, des claviers, des instruments à vent dans des compositions tantôt simples tantôt orchestrales, des voix aiguës et graves, tantôt légères tantôt sombres, avec au milieu la voix off de Winston Churchill dans une allocution de la seconde guerre mondiale. Un grand moment dans une atmosphère religieuse (les cloches y sont pour quelque chose), dont on comprendra l’origine (en tout cas en ce qui me concerne) avec Roger lui-même. Il nous confie que ce morceau est en fait la réunion de 3 mélodies/arrangements dont il ne savait que faire jusqu’à avoir l’inspiration de les regrouper.

Un extrait d’un autre concert de Roger Hodgson avec ce titre en version « symphonique » :

Quelques morceaux plus tard ça sent la fin, Roger l’annonce, bronca, mais encore quelques pépites « Give a little bit« , et enfin, pour terminer et malgré un ciel et une météo à l’unisson de l’ambiance magique et pas en adéquation avec le présage de ce titre, « It’s raining again« . IMG_20150801_232929Voilà c’est terminé, 2h15 de spectacle immense à l’image de ce Monsieur de 65 ans, tout en simplicité, humilité, générosité, accompagné par de supers musiciens (oui oui même le bassiste était très bien musicalement, et après tout il était d’abord là pour ça !), dont Aaron Mac Donald, premier membre de ce nouveau band Hodgsonien, bourreau des cœurs des dames du premier rang mais accessoirement et surtout homme à musicalement-tout-faire : saxos-clarinette-flûtes-percussions-claviers et donc crooner à ces secondes perdues, mais il a de quoi argumenter c’est vrai…

Un grand merci donc à cet immense Artiste, un vrai. Seul petit regret, ne pas avoir entendu d’autres grands morceaux (car oui il en reste encore : « Goodbye stranger » (vous fredonnez toujours…), « A Soapbox Opéra« , « Poor boy« , « Crime of the century« , « Even in the quietest moments« , « Lady« , « Oh Darling« , « Babaji« , « Just another nervous wreck« …Mais ce sera pour la prochaine fois, car Roger a promis de revenir. Espérons que ce soit plus rapidement qu’entre ces 2 derniers passages à Carcassonne (2008 et 2015, ça fait long…).

IMG_20150802_001616Malheureusement pour les amateurs de Supertramp, le groupe, dans sa formation actuelle (donc avec Rick Davies, John Helliwell et les frères Siebenberg) devait débuter une tournée européenne début novembre et passer par le zénith de Toulouse le 16. Mais la tournée vient d’être annulée à cause des problèmes de santé de Rick Davies. De toute façon à 96€ la place pour y voir quelque chose, ça faisait mal au porte-monnaie ! 43€ pour Roger hier soir, Simplicité contre Business…Mais pas de polémique, laissons la Cité s’endormir tranquillement au rythme des tubes et des berceuses pures  et limpides de Roger.

Promis les prochains billets « concerts » seront moins « vintage », d’ici quelques semaines.

Interview post-concert d’hier soir (avec quelques images du concert. Oui oui vous ne rêvez pas le bassiste a changé de chemise, prochaine étape les cheveux) :

Quelques autres liens utiles :

Festival de Carcassonne (la programmation tombe en général en février-début mars) : http://www.festivaldecarcassonne.fr/fr/accueil

La chaîne youtube de Roger Hodgson :

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2 réflexions sur “Super(Roger)tramp

  1. Je ne pense pas que tu nous aies « emprunté » le 45 tours car à part les Beatles, ou les Bee Gees je ne me souviens pas avoir eu un « penchant » pour Supertramp, je revois très bien la photo de la pochette, et je pense que nous t’avions offert ce vinyl pour un anniversaire, à 9 ans, tu pouvais bien déjà avoir des goûts musicaux bien déterminés. En tous les cas il a l’air bien chaleureux et sympathique ce Roger Hodgson, pas étonnant que tu aies passé une excellente soirée. Une petite pensée pour Julio ! (mais je te rassure, que je n’affectionne pas particulièrement car il me fait hérisser les poils, je ne fais donc pas partie de ces ménagères de plus de 50 ans !

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