Deux jours, une nuit, Jean-Pierre et Luc Dardenne – 2014

2 jours 1 nuitCannes 2015 a mis en avant le film de Stéphane Brizé « La loi du marché« . En 2014 le festival avait déjà consacré une large place au film de genre « social », avec notamment « Deux jours, une nuit » des frères Dardenne (prix spécial du jury). L’occasion pour moi de faire un rapide comparatif de ces 2 films, dont je viens de voir le deuxième. Dans ce film, Sandra sort juste d’une dépression. On est vendredi soir, elle doit reprendre le travail le lundi suivant. Mais le téléphone sonne et une amie, Juliette, lui annonce qu’un vote a eu lieu au sein de l’entreprise qui fabrique des panneaux solaires (en crise à cause du « marché » asiatique…). Les 16 salariés de l’atelier devaient se prononcer pour choisir entre une prime de 1.000 euros chacun, ou 1 salaire de plus à assurer si Sandra revient. 14 salariés ont préféré la prime. Sous l’impulsion de son mari et de Juliette, Sandra a deux jours et une nuit pour aller voir ses « collègues » l’un après l’autre pour les convaincre de changer d’avis car un nouveau vote aura lieu le lundi à l’embauche. Un nouveau vote à quitte ou double…

J’avais moyennement apprécié « La loi du marché » (voir ma critique par ailleurs). J’ai été en revanche beaucoup plus séduit par le film des frères Dardenne, qui à mon avis touche plus juste, sans rien enlever à la dimension cruelle du propos, bien au contraire. J’ai préféré les plans larges des face-à-face qui donne à nos regards la liberté de choisir l’angle qu’ils veulent pour interpréter les scènes, plutôt que les plans resserrés sur le visage de Vincent Lindon. J’ai préféré la révolte et le combat (dans toute sa force et sa faiblesse) de Marion Cotillard à la résignation et à la distance de Lindon (malgré les gros plans donc !). J’ai préféré les portraits (mêmes rapides) des « autres » qu’il faut convaincre, au « voyeurisme » complaisant de la caméra envers les anonymes de « La loi du marché ». J’ai préféré les dialogues entre un mari et une femme au silence, à l’absence, à l’isolement d’un couple. J’ai préféré les mots simples plutôt que le filtre des caméras de vidéo-surveillance. J’ai préféré le choix d’un scénario assumé de fiction (même si peu probable d’un point de vue légal et très risqué d’un point de vue cinématographique à cause de la répétition des scènes « bonjour je voulais savoir si tu serais d’accord pour voter pour moi lundi matin plutôt que pour ta prime ?« ), plutôt que le non-choix entre le documentaire et cette même fiction.

Mais au fond peu importe ce que j’ai préféré, car malgré leurs qualités et leurs défauts, les 2 films se rejoignent sur un point (outre la conclusion commune et irrémédiable de chaque histoire), celui de montrer sous des formats sensiblement divergents la confrontation de l’individu face au « marché ». Et là où les 2 films s’opposent radicalement, c’est sur la façon de filmer et de donc de montrer les réactions de l’individu dans son rapport aux autres et avec une certaine forme de « collectivité ». En l’occurrence dans le premier (« La loi du marché« ), l’autre est tantôt anonyme, tantôt un danger (le salarié ou le client qui vole), tantôt distant et trouble à travers les caméras, autant de mécanismes pour accentuer l’isolement de Vincent Lindon face à un collectif totalement délabré. Dans le second au contraire, les frères Dardenne mettent en scène autant de confrontations qu’il y a de salariés, autant de « duels » bruts et secs pendant lesquels le choix doit se faire entre un duo de réponse (sandra ou la prime), le tout reconstituant un semblant de collectif éclaté à travers le décompte en vote favorable ou défavorable s’additionnant comme on additionne les bâtonnets d’un jeu de « pendu ». Le premier se contente de constater, le deuxième tente de résister. Il n’y a probablement pas de bonne manière de montrer cette réalité-là (toute tentative restant de toute façon inéluctablement en-dessous des réalités des « vraies vies »), et c’est déjà essentiel que ces 2 essais aient leur place dans la production cinématographique actuelle, mais j’ai donc préféré la vision plus épurée et moins démonstrative des frères Dardenne. Cette critique générale des 2 films vaut aussi pour l’interprétation des acteurs. J’avais trouvé Lindon (dont je suis pourtant plutôt fan) un peu trop dans « son rôle », alors que Marion Cotillard (dont je ne suis pourtant pas fan…) est bluffante de simplicité et de vérité dans ce rôle d’une jeune femme d’à côté, l’accent du Nord en moins en ce qui me concerne !

bon visionnage à vous si l’envie vous prend de le regarder en DVD ou « on TV ».

La bande-annonce :

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Une réflexion sur “Deux jours, une nuit, Jean-Pierre et Luc Dardenne – 2014

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