The imitation game, Morten Tyldum – 2015

the imitation gameUn film historique comme je les aime, sur un sujet, et surtout sur un homme, méconnu, Alan Turing, génial mathématicien anglais qui fut un héros de la seconde guerre mondiale, mais un héros qui n’était pas un soldat, et qui, comme il est montré dans le film, a été un héros malgré lui puisque tout ce qui l’intéressait c’était de pouvoir faire des mathématiques sur LE sujet qui préoccupait alors sa Majesté et sur lequel les plus grands esprits de l’époque se cassaient les dents et les neurones : percer le secret de la machine Enigma, cette infernale machine allemande utilisée par les nazis pour coder leurs transmissions secrètes.

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Selma, Ava DuVernay – 2015

selmaAprès le toujours expérimental « L’homme des foules » de vendredi dernier que j’ai « contemplé » dans une salle pourtant loin de regrouper les foules (une douzaine de spectateurs dans la salle, voir ma critique sur ce film), ce soir j’ai fait mieux avec le film « Selma » : 1 seul et unique spectateur dans la salle, me and myself ! Une sacrée expérience donc, limite culpabilisante de se sentir servi sur un plateau, enfin plutôt sur un grand écran, un film pour « soi tout seul ». On se sent un peu comme dans un grand restaurant dans lequel on n’a pas le temps de lever le petit doigt qu’on est déjà servi en vin, en eau, en pain, et accessoirement en plat, ou comme sur une table de massage entre des mains expertes qui vous disent sans vous le dire « détendez-vous ça va bien se passer… ». Encore que je ne sois pas coutumier de ces deux expériences précisément, mais je ne l’étais pas plus en me retrouvant seul ce soir dans la salle, tout est affaire de supposition… Qui plus est, la culpabilité s’atténue vite quand on pense qu’on ne monopolise pas ou qu’on n’exploite pas le malheureux projectionniste qui doit enchaîner les bobines pour le bon plaisir de l’unique spectateur, aujourd’hui tout est affaire d’un clic et de kilo-octets numériques pour projeter le film, vive le progrès ! Bref. Parlons du film, et mettons plutôt cette expérience de solitude cinématographique en regard de son sujet, car cette solitude prend son côté dommageable lorsqu’on la confronte à celui-ci.

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Pour un instant, la liberté, de Arash T. Riahi (France, Turquie, Autriche) – 2009

pour un instant la libertéJe ne m’attendais pas à voir un film joyeux en m’installant dans mon fauteuil ce soir-là (j’ai vu le film au cinéma le 27/03/2015 mais le film est sorti en 2009), le topic du film annonçant l’histoire de familles iraniennes cherchant à fuir l’Iran pour chercher des avenirs meilleurs dans un pays de cette Europe idéalisée. Je voulais simplement mettre des visages, fussent-ils fictifs car cinématographiques, sur ces anonymes dont on parle régulièrement dans les médias à force de s’échouer sur les côtes européennes, quand ils ont la « chance » d’arriver jusque-là. Et j’étais aussi tenté par un cinéma différent, simple, qui s’attache plus au fond qu’à la forme. Sur ce plan et sur les autres, je n’ai pas été déçu.

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Big Eyes, Tim Burton – 2015

big eyesAprès la surprenante et un peu pénible expérience de « L’homme des foules » d’hier soir, rien de tel qu’un Tim Burton pour reprendre contact avec un cinéma un peu plus classique. Encore qu’en allant voir le dernier Burton, j’espérais malgré tout être surpris, comme avec tous ces films. L’ai-je été ? Pas autant qu’avec « Edward aux mains d’argent« , « Charlie et la chocolaterie« , ou encore « Big Fish » dont il reprend ici un bout du nom, mais j’ai néanmoins adoré ce nouvel opus « burtonien ».

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L’homme des foules, de Marcelo Gomes et Cao Guimarães (Brésil) – 2015

803-l-homme-des-foulesBrazil, Brazil ! Copacabana, fùtbal, Capoeira. Envie de réviser vos classiques brésiliens ? Alors j’ai testé pour vous un film, enfin plutôt, comment dire, un truc, un objet, quelque chose de cinématographique, parce qu’il y a de l’image, du son, des acteurs, mais surtout parce que le billet qu’on a pris quelques secondes avant le début du film vous rappelle qu’on est bien dans une salle de…cinéma.

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Soumission, Michel Houellebecq, Flammarion, 300p – 2015

soumissionLe mercredi 7 janvier 2015, Houellebecq devait revenir sur le devant de la scène littéraire avec la sortie de son dernier roman « Soumission », annoncé en grandes pompes et à coups de scandales anticipés sur le fond polémique du livre. Il devait s’agir d’évoquer la prise du pouvoir en France par un parti politique « musulman ». Mais voilà, ce mercredi 7 janvier 2015 en fin de matinée, les bureaux de Charlie hebdo était attaqué par deux individus revendiquant leur acte au nom de la vengeance du prophète…

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Les dingues et les paumés – HF Thiéfaine – 1982

Un texte prémonitoire. On est en 1982, Hubert-Félix Thiéfaine sort l’album « Soleil cherche futur« , avec ce titre, Les dingues et les paumés. Placez-y les auteurs des attentats de début janvier 2015 à Paris, et tous les encore anonymes qui cherchent quelque chose, et plaçons-nous de l’autre côté du miroir de ces paroles pour nous demander « Et nous, on en est où de nos dingueries et de nos paumétudes ? »

Les paroles sont ci-dessous avec en couleurs quelques mots clés (presque tous finalement…)

 

Les dingues et les paumés jouent avec leurs manies
Dans leurs chambres blindées leurs fleurs sont carnivores
Et quand leurs monstres crient trop près de la sortie
Ils accouchent des scorpions et pleurent des mandragores*
Et leurs aéroports se transforment en bunkers
A quatre heures du matin derrière un téléphone
Quand leurs voix qui s’appellent se changent en revolvers
Et s’invitent à calter en se gueulant come on

Les dingues et les paumés se cherchent sous la pluie
Et se font boire le sang de leurs visions perdues
Et dans leurs yeux mescal masquant leur nostalgie
Ils voient se dérouler la fin d’une inconnue
Ils voient des rois fantômes sur des flippers en ruine
Crachant l’amour-folie de leurs nuits métropoles
Ils croient voir venir Dieu ils relisent Hölderlin
Et retombent dans leurs bras glacés de baby-doll

Les dingues et les paumés se traînent chez les Borgia
Suivis d’un vieil écho jouant du rock’n’roll
Puis s‘enfoncent comme des rats dans leurs banlieues by night
Essayant d’accrocher un regard à leur khôl
Et lorsque leurs tumbas jouent à guichet fermé
Ils tournent dans un cachot avec la gueule en moins
Et sont comme les joueurs courant décapités
Ramasser leurs jetons chez les dealers du coin

Les dingues et les paumés s’arrachent leur placenta
Et se greffent un pavé à la place du cerveau
Puis s’offrent des mygales au bout d’un bazooka
En se faisant danser jusqu’au dernier mambo
Ce sont des loups frileux au bras d’une autre mort
Piétinant dans la boue les dernières fleurs du mal
Ils ont cru s’enivrer des chants de Maldoror*
Et maintenant ils s’écroulent dans leur ombre animale

Les dingues et les paumés sacrifient don Quichotte
Sur l’autel enfumé de leurs fibres nerveuses
Puis ils disent à leur reine en riant du boycott
La solitude n’est plus une maladie honteuse
Reprends tes walkyries pour tes valseurs maso
Mon cheval écorché m’appelle au fond d’un bar
Et cet ange qui me gueule viens chez moi mon salaud
M’invite à faire danser l’aiguille de mon radar

*Mandragore : plante herbacée vivace, des pays du pourtour méditerranéen

**Les Chants de Maldoror sont un ouvrage en prose, composé de six parties (« chants »), publié en 1869 par Isidore Ducasse sous le pseudonyme de comte de Lautréamont. Le livre ne raconte pas une histoire unique et cohérente, mais est constitué d’une suite d’épisodes dont le fil conducteur est la présence de Maldoror, personnage maléfique (source wikipédia)

Pensées fugitives

Il m’arrive de penser que nous devrions plus souvent nous contenter d’appréhender notre rapport au monde qu’à travers le simple produit de la verticalité de notre corps sur l’horizontalité du sol, le tout se laissant porter par la volumétrie de l’air. Et sentir…

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Ne pas attendre certaines choses espérées de peur d’en être déçu. Préférer cueillir ces autres choses inattendues et en être ravi…

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La vie est faîte de hasards, certains qui arrivent, d’autres qui n’arrivent pas…

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Nul n’est sensé ignorer l’Art ! Nul n’est sensé ignorer les voyages !

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De retour de voyage nous ne devrions produire que du silence pour que puisse se prolonger infiniment le doux bruit des souvenirs.

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Rêver d’une crêpe c’est un rêve, pas une crêpe. Mais rêver du prochain voyage, c’est déjà voyager.

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Recette pour voyager : une main pour saluer, des yeux pour contempler, des papilles pour goûter, un nez pour sentir, de bonnes jambes pour s’aventurer, tout le reste est superflu. En somme, il n’y a rien de plus naturel et simple

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Lire, lire, lire. L’envie intense de prendre un livre et de se laisser porter. Parfois je n’en ai pas sous la main, alors je me rends dans une librairie pour satisfaire le besoin. J’ouvre la porte, me laisse prendre par l’odeur ouatée. Et puis patatras ! Tous ces rectangles en tas et en rang qui vous regardent ! Mon envie de voyage est écartelée. On ne devrait lire un livre que lorsqu’on le trouve seul, au coin d’une table, posée sur l’étagère, en train de dormir sur un chevet de nuit, ou bien encore, plus drôle, plonger dans celui d’un ami ouvert page 56.

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Parfois on ouvre un livre, on parcourt le récit, la description, et puis, tout à coup, au hasard des mots et des sens, on est frappé par cette évidence : oui, voilà, c’est cela !

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15h37. C’était l’heure creuse. Comme celle d’hier. Comme celle de tous les jours à vrai dire, à moins d’en avoir raté quelques-unes. Mais celle-ci, au moins, parce que je l’ai écrite, me paraissait déjà moins vide, je veux dire, moins nécessairement comme devant être remplit de quelque chose.

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Il est des ennuis démiurges. Il en est d’autres qui sont des civières de mort, au-dessus desquels dansent des paradis de vie sur des berceuses de l’oubli du temps.

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Nous pouvons nous demander parfois pourquoi nous écrivons. C’est peut-être parce que ne comprenant pas trop le monde, nous essayons de nous le rendre intelligible avec nos propres mots et nos propres histoires.

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Ce matin j’ai ouvert le portail de la journée, mais il m’a déposé sur un trottoir de rien. Je m’y suis quand même engagé, me disant qu’il y aura bien un carrefour qui m’offrira un doux chemin de plein.

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Petit poème pour animer toute pause sur le trône (écrit à l’occasion d’une ancien WC décoré sur le thème du voyage) :

« Toi qui va pousser ici et maintenant,

Nous espérons que tu profites du moment présent,

Pour t’inviter à découvrir ces quelques là-bas,

Que tu croiseras peut-être dans de souhaitables demain.

Quand une fois délesté des bonnes œuvres naturelles,

Tu te sentiras par trop embaumé de vapeurs véniels,

Que ces emprunts d’instants volés ici et là,

Te permettent de goûter à ces endroits divins…

Et lorsqu’enfin enivré de tous ces paysages australs,

Tu franchiras la porte de ce modeste local,

Que ton corps allégé s’anime de mouvements

Pour que te prenne l’envie de te faire pousser…des ailes. »

 

Breaking Bad, Vince Gilligan – USA – 2008 à 2013

 breaking badCinq saisons pour cette série américaine au top de classements des meilleures séries. Et c’est mérité, bien que toutes les saisons ne se valent pas selon moi.

Le pitch : Walter White ( Bryan Cranston) est un professeur de chimie bien rangé qui boucle les fins de mois en lavant des voitures dans une concession, rangé donc comme l’est sa vie de famille avec sa femme (Skyler, excellente performance d’actrice d’Anna Gunn dans le rôle d’une Desperate Housewives bien pincée et proute-proute comme il faut !), et son adolescent de fils, Flynn, léger handicapé moteur (l’acteur l’est aussi dans la vraie vie et il est exceptionnel et touchant dans son rôle). Un deuxième enfant viendra dans la saison 2 ou 3 je ne sais plus précisément. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais Walter apprend qu’il est atteint d’un cancer grave, les médecins lui donnent quelques semaines voire mois à vivre. Sa belle-famille est aussi parfaite que la sienne, formée de Hank le beau-frère, inspecteur à la DEA (police des stupéfiants), et de Marie, soeur de Skyler, encore plus pincée que la première. Pris d’angoisse à l’idée de laisser les siens sans le sou, Walter, au hasard d’une patrouille menée par son beau-frère en guise de « Vis ma vie d’inspecteur des stups », tombe sur un ancien élève suivi par les stups car soupçonné d’être un dealer de méthamphétamines. Walter a une révélation : il connaît la chimie, il pourrait essayer de faire sa propre drogue pour se faire de l’argent facile, une fois ou deux. Il reprend contact avec Jesse Pinckman (Aaron Paul), son ancien élève, et lui propose de s’associer. Pinckman hésite, mais accepte finalement. Les voilà partis pour une association improbable, le petit caïd amateur, affublé d’un professeur de chimie quarantenaire bien rangé. Leur association va durer 5 saisons, pour le pire et le meilleur, les faisant gravir tous les échelons du petit banditisme aux réseaux mondiaux du trafic de drogue.

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La Grande Vie, Christian Bobin, Gallimard nrf, 121p – 2014

la grande vieUn petit livre, une fois n’est pas coutume. Un livre frais et coloré comme le printemps que Christian Bobin (auteur de déjà 60 ouvrages, romans, recueils…) semble avoir figé dans le temps pour y poser ses mots. Je l’ai classé dans la catégorie « Poésie » mais il est difficile de classer un livre de Christian Bobin. Ce sont souvent des séries de pensées, qui oscillent entre réflexions philosophiques et poésie. J’ai toujours aimé ce genre de littérature, chaque interstice entre deux propos permet au lecteur de prendre une respiration, en même temps qu’elle densifie la succession des unités de pensées de l’auteur. C’est peut-être pour cela que je considère Alain (Propos sur le bonheur, Propos d’un normand...) et Cioran (Aveux et anathèmes, De l’inconvénient d’être né…) comme deux de mes principales références littéraires, eux qui excellaient dans cet art de la fragmentation des pensées.

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